Roman : La rivière savait… (9)

Publié le par M. P.

(Suite)

Pierre était toujours le premier de sa classe. Il avait une mémoire exceptionnelle, il était logique et doué dans tous les domaines.

Tout l’intéressait. Il voulait devenir vétérinaire car il aimait les bêtes et la vie paysanne.

Soumise lui faisait toujours la fête en le voyant.

Tout comme Mamilou, Pierre avait une attirance pour les vaches.

Une fois, nous étions dans le pré où elles paissaient derrière la rivière.

Les trois enfants de mon oncle Louis, mes cousins de Cheust, étaient venus nous rejoindre. Michel le petit dernier, à l’humeur primesautière, avait enjambé le mur d’enclos pour aller caresser le veau de Castagne.

C’est alors que cette dernière a chargé, tête baissée, allant droit sur lui, prête à le tuer.

Pierre a sifflé, ses deux doigts dans la bouche, comme il savait si bien le faire.

Il siffla si fort que la vache stoppa net, juste devant l’enfant terrorisé, qui ne bougeait plus.

Ce fut un miracle, aucun d’entre nous n’oublia ce moment qui aurait pu finir de façon tragique. 

L’école m’avait cependant fait connaître et apprécier la poésie et les contes que Mademoiselle Lousteau nous lisait en fin de journée.

Je me souviens des aventures de Babar, de Oui-Oui, ou encore les histoires de la Comtesse de Ségur que j’empruntais quelquefois à la bibliothèque de ma classe pour les lire à la rivière. Plus tard, je me délectais des histoires d’amour ou de ces lectures qui vous apprennent la vie, vous parlent de sentiments, apprivoisent la mort...

C’était comme si j’allais voir chez les autres pour mieux comprendre les choses de la vie.

Une fois, j’avais récité « La biche » de Maurice Rollinat à la perfection. La maîtresse m’avait gratifiée du prix d’excellence en poésie et Mamilou en avait eu les larmes aux yeux.

Elle aussi aimait la poésie et les romans d’amour.

Elle faisait rimer ses phrases de façon spontanée, presque naturellement.

Elle se surprenait souvent et disait en riant :

 « Qui fait des vers sans le vouloir est un âne sans le savoir ! »

Lorsque je demandais par exemple : « Qu’y a t-il pour dessert ? »

Elle répondait :  « Café-concert ! »

Elle aimait me voir rire et me disait souvent de cultiver ces petits bonheurs qui étoffent la vie et l’enrichissent.

Elle ajoutait à cela que le bonheur et le rire, tout comme l’amour d’ailleurs, sont  contagieux et qu’il est bon pour l’humanité de les transmettre.

Alors, quand j’avais l’occasion, je lui transmettais ma joie.

C’était devenu un principe chez moi, comme une philosophie, de confier mes peines à Soumise ou à la rivière, et de partager mes petits bonheurs avec ma très chère et bien-aimée Mamilou. 

Merci !

Ma muse mouillée de spleen, mon talent accouché

Mon énergie solaire, mes pensées chuchotées

A mon ciel miroitant sur la beauté du jour

Par des mots voyageurs de soie et de velours

Merci, merci à toi

D’être là !

Toi qui me parles

Toi qui m’émeus

Toi qui m’éveilles

Qui me réveilles

Qui me nourris

Qui m’assouvis

Merci !

 

Ma fidèle, mon double, ma tendresse penchée

Mon amie, doux regard au sourire éclaté

Et ton chant qui s’élève, écho d’un ciel de traîne

Où flottent mes racines, encre bleue de mes veines

Merci, merci à toi !

D’être là !

Toi qui m’inspires

Toi qui m’aspires

Toi qui m’aères

Qui me libères

Qui me souris

Qui me grandis

Merci !

 

Mon réconfort, mon souffle, ma richesse, ma vie

Ma liberté, mon rêve, ma soif inassouvie

Et tes pas sur ma route aux signes précurseurs

Guidés par la confiance d’un regard protecteur

Merci, merci à toi !

D’être là !

Toi qui m’étonnes

Toi qui résonnes

Toi qui me touches

Qui me retouches

Qui me ravis

Qui m’envahis

Merci !

 

Je te vois sur la rive éperdue dans l’écume

Ou dans la lande brune au milieu de la brume

Je te vois sous la pluie. A la moindre occasion

Tu reviens te glisser, empreinte d’émotion

Tu es partout ! Tu pleures, tu ris, tu t’exaspères,

Tu es ce qu’il y a de plus beau sur la terre

De tes rimes aux aguets, dans mon cœur tu saisis

Le fond de mes pensées. Tu es là, poésie !

(A suivre)

 

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Publié dans culturels

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