Regards philosophiques (140)

Publié le par G-L. P. / J. C.


Thème :

« Le droit de révolte a-t-il un sens ? »

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Débat :

► Je pense que la révolte ne relève pas comme  cela a été dit, du politique. La révolte, cela relève du citoyen ; cela ne peut être pris par le politique sans que les citoyens s’en mêlent.

► Que la révolte devienne un droit, cela veut dire qu’elle est instituée ; cela veut dire qu’elle doit être l’objet d’un vote et élaborée par le politique, et ce, évidemment en fonction des révoltes des citoyens. Les politiques doivent être à l’écoute des citoyens et s’ils veulent vraiment « que cela change », comme on l’entend si souvent, s’ils veulent qu’on change de société, il leur faut donc instituer le droit de révolte.

► La révolte, nous disent les dictionnaires, est un sentiment d’indignation et de réprobation face à une situation. Elle est aussi refus d’obéir. Cet un acte individuel ou collectif, mais le terme  est plus employé pour un  mouvement collectif. Les synonymes sont : désobéissance, insoumission, insubordination, rébellion, soulèvement, indignation, mutinerie, jacquerie… Les contraires qui permettent toujours de bien saisir le sens d’un mot sont : conformisme, obéissance et bien sûr soumission. Mais la révolte, qui peut faire l’honneur d’un homme, l’honneur d’un peuple, est aussi définie comme « mouvement violent des instincts, des passions, etc., contre la raison ».

Des révoltes célèbres ont fait avancer les sociétés, mais nous savons aussi que des révoltes tout aussi célèbres, se sont terminées dans le sang; on pense aux révoltes des esclaves, comme celle menée par Spartacus, on pense aux Jacqueries où les révoltés ont souvent fini pendus, donnés en pâture aux corbeaux. Et pourtant ce droit de révolte ne conserve sa valeur d’être un droit, que parce que des hommes sans cesse osent se révolter ; nous revenons à l’idée de Camus : « Je me révolte, donc nous sommes. » Il nous dit par là que c’est notre aptitude à nous révolter qui fait que « nous sommes », que nous existons réellement du point de vue social, ce qui nous met, pour certains,  en accord avec notre conscience. Autrement dit, ne pas se sentir complice d’injustices, et par là conserver notre honneur d’homme et de femme. Et alors, ce droit de révolte devient un devoir. Un devoir qui donne sens à la vie. Il est, c’est toujours Camus qui parle, « le mouvement même de la vie » ; pour lui, l’homme fait une valeur de la révolte.

Mais parfois, entre le sens initial de la révolte et son issue, il peut y avoir changement de cap, des détournements. Des révoltes se sont trouvées canalisées, instrumentalisées, et alors le sens initial de la révolte est dévoyé.  Nous l’avons vu, et nous le voyons encore aujourd’hui avec des révoltes, du Moyen-Orient au Maghreb. Des révoltes, ô combien justifiées, qui vont chasser une dictature et qui se terminent  avec le risque de remplacer une dictature civile par un totalitarisme religieux.

► Si on prend la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, l’article 2 dit : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »
En 1793 (soit seulement quatre ans après), l’article 2 est devenu : « Ces droits sont l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. » Entretemps, la révolte ayant abouti, le pouvoir a été confisqué par les bourgeois, et du coup, ce pouvoir étant légitime, le droit de révolte a été repoussé à l’article 35 et il est devenu : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » Donc, en fin de compte, effectivement, en l’espace de quatre ans, on est passé du droit de révolte, à ce droit uniquement si on est face à un gouvernement qui n’est pas légitime. La plupart des constitutions actuelles, y compris la Déclaration des Droits de l’Homme, évoquent la résistance à l’oppression comme révolte contre la tyrannie.
Finalement, le droit de révolte n’existe plus, puisque les gouvernements en place, se jugeant légitimes, considèrent que la révolte est une sédition, et que ce n’est plus un droit.
Le droit de révolte a été évacué des droits positifs.

► Est-ce que « le politique » veut réellement changer la société ?

G Je pense que le pouvoir politique n’a pas l’ambition de changer la société. Jusqu’à présent les réformes qui ont été faites, sont des réformes de société et énoncées comme telles. Cela a été martelé ; alors, comment et pourquoi se fait-il que devant les révoltes, les refus de plus en plus nombreux, les politiques n’ont pas pris la décision d’instituer ce droit de révolte ?

► A quoi sert la révolte ? Pour moi, la révolte, c’est oser désobéir à un ordre écrit ou oral, c’est prouver ainsi qu’on est capable de dire non lorsqu’un ordre nous paraît préjudiciable, irrationnel ou insensé. C’est donc un acte audacieux, courageux et résolu.

Se révolter, c’est admettre que l’individu a ce droit (même si on sait qu’il a des devoirs aussi).
Se révolter, c’est donner à chacun la possibilité de raisonner sur des arguments relatifs à une proposition qui nous est faite et cela implique donc une éducation familiale et scolaire. C’est pour moi un acte intelligent et réfléchi.

Se révolter, c’est chercher à modifier, à faire évoluer vers ce que l’on considère comme mieux adapté à l’individu, à la société actuelle.

Se révolter, c’est refuser la médiocrité, l’injustice, parfois face à l’incapacité de certains pouvoirs politiques, religieux ou familiaux.

Se révolter, c’est agir pour plus d’égalité, pour que chacun trouve sa place dans la société, c’est un acte de civisme, un acte progressiste.

Se révolter, c’est faire preuve de liberté, c’est une exigence individuelle et citoyenne.
Quand la révolte est fondée, elle donne un sens encore plus important à la devise de la République : Liberté – Égalité – Fraternité.

 

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

avec lequel je garde un lien privilégié

en tant qu'un des artisans de sa création.

 

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Publié dans culturels

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M
Tout ceci me fait penser à cet essai de Stéphane Hessel, "Indignez-vous", publié en 2010 qui avait quelque peu remué nos consciences !
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