Roman : La rivière savait… (11)
(Suite)
Mamilou, toujours prête pour un coup de main, aidant le voisinage occasionnellement, participait au défeuillage des maïs, au pèle-porc, aux travaux des champs, aux foins...
C’est lors de ces rencontres que j’entendais les chants pyrénéens, encore tout étonnée d’avoir une aussi bonne mémoire.
Mémoire qui, bizarrement, me faisait plutôt défaut à l’école.
Mamilou trouvait que je chantais bien.
Elle disait avec tristesse que Lucien aussi aimait chanter et qu’il avait une très belle voix. C’était bien alors la seule ressemblance qu’elle nous eut attribuée.
Elle disait souvent à son entourage que je lui rappelais beaucoup sa jeune sœur, Jeanne, tant aimée et tant regrettée.
Tout comme elle, j’étais brune, mes cheveux frisaient et mes grands yeux noirs en amande me mangeaient le visage.
Elle disait à ce propos: « Les yeux noirs, les plus beaux avoir ! »
Mamilou aussi était brune et ses yeux marron ressemblaient à deux petites noisettes.
Nous aimions, Pierre et moi, regarder les photos du temps d’avant.
Elle nous les commentait avec toujours la même émotion dans la voix.
Il y avait beaucoup de gens que nous n’avions pas connus.
Une fois, elle nous avait expliqué que, pendant la guerre, il arrivait parfois que des réfugiés prennent asile pour quelques jours dans la maison, souhaitant franchir la frontière espagnole afin de se mettre à l’abri.
Mais elle nous avait demandé de rester très prudents, nous expliquant qu’il était préférable de n’en parler à personne.
« Sait-on jamais ! » disait-elle.
Pierre et moi savions garder les secrets.
Je n’aurais jamais pu tromper cette femme admirable qui me donnait toute sa confiance et que je ne voulais décevoir en aucune façon.
Je me demandais souvent, comment j’aurais pu supporter ces temps de guerre atroce, si j’avais dû les vivre.
Cette liberté, si chère à mon coeur !
Comment aurais-je pu accepter de vivre en ces temps mortifères ?
* * *
Presque tout le monde a entendu parler des rafles du vélodrome d'hiver en juillet 1942 à Paris.
Mais qui se souvient aujourd’hui des rafles de la communauté juive suivies de leur déportation effectuées peu à peu dans tout le pays ?
Suite à des pourparlers décisifs et sur ordre des allemands, toutes les grandes villes devaient être passées au peigne fin.
Ce qui fut fait tous azimuts.
(A suivre)