Roman : La rivière savait… (21)

Publié le par M.P.

(Suite)

 

Hémda s’était réfugiée derrière la porte des toilettes du train, devant laquelle se tenait une vieille dame qui s’apprêtait à les utiliser. Cette dernière ne dit rien, supposant que la jeune fille voulait se protéger d’un éventuel danger, elle resta appuyée contre la porte.

Tout se passa très naturellement et si vite que, lorsque le train démarra, Hémda en avait encore le souffle coupé.

C’est en regagnant sa place, accompagnée de la vieille dame qu’elle ne savait comment remercier, qu’elle comprit.

Malakhi était sur le quai, il marchait la tête basse, comme pour ne pas éveiller les soupçons, au cas où son regard heurterait celui de sa belle.

Elle le regarda partir, de nouveau impuissante.

Elle aurait tant voulu border ce cœur supplicié, pleurant sur les mains glacées de l’ennemi qui ne ressentait qu’une force animale, envoûté de haine et assoiffé de sang.

Le baluchon de Malakhi était resté là, à la même place, avec tous ses effets ainsi que le peu d’argent qui leur restait.

Hémda s’effondra.

Son chagrin immense émergeant du fond de ses entrailles meurtrissait son corps inerte.

Elle tremblait, elle fut prise d’un vertige et crut tomber en pâmoison.

Fallait-il ce massacre et autant de souffrances et de terreur pour transcender le coeur de l’humanité, mue nécessaire à l’évolution des êtres, pour que « plus jamais ça » ?

Elle revoyait son tendre amour pencher son regard aimant et rassurant sur elle.

Il l’avait aimé, dévorant sa beauté et son âme meurtrie.

Elle caressa sa fine bague en or, sertie d’un petit saphir.

Bleu, comme elle aimait le bleu, elle rêvait tant de voir le ciel briller de cet éclat.

La vieille dame eut pitié. Elle s’appelait Marthe et se rendait à Lourdes.

Elle partagea sa peine, son repas et le bout de chemin qu’il leur restait à faire.

Hémda lui raconta sa vie. Elle lui montra la photo qu’elle ne pouvait lâcher de ses mains tremblantes.

Marthe lui donna l’adresse du père Jean-Baptiste qu’elle connaissait bien pour avoir maintes fois séjourné dans la cité mariale.

« Je pense qu’il pourra vous aider par l’intermédiaire d’un réseau de résistants. » lui avait-elle confié.

 Ce fut le cas.

 

(A suivre)

 

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Publié dans culturels

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