Roman : La rivière savait… (22)

Publié le par M. P.

(Suite)

 Par personne interposées, Hémda fut conduite jusqu’au village d’Adé.

Mamilou m’avait écrit !

« C’était il y a bien longtemps ! Par une nuit étoilée de mai 43, une femme est entrée dans ma vie... »

Hémda avait pensé qu’elle était peut-être enceinte. Depuis quand au juste ?

Cela se voyait si peu, elle était si menue.

Ses grands yeux noirs envahissaient ce fin visage pâle et sa mélancolie la rendait belle et touchante à en pleurer.

C’est l’abbé Lucas qui,  connaissant bien Laurent, avait organisé la rencontre.

Il savait que ce dernier pourrait l’aider.

Mais il n’avait pas pensé que Marie-Lou jouerait un rôle essentiel dans cette histoire.

Au début, il n’était sûr de rien.

C’était un homme discret, qui ne s’autorisait pas à rentrer dans l’intimité des gens.

Ce n’est que bien plus tard qu’il en eut la certitude.

La ressemblance était frappante. Cela en était bouleversant !

Mamilou m’avait écrit !

« ...Elle s’appelait Hémda. Cela signifie « Beauté ».

Son ami, Malakhi, juif comme elle, fut déporté, puis gazé au camp de Tréblinka.

Elle, souhaitait franchir la frontière et fuir en Espagne.

Lorsqu’elle arriva chez nous, elle était à bout de forces.

Enceinte de six mois, elle pouvait perdre son bébé et mettait de ce fait, sa vie en danger.

Laurent avait jugé préférable de la garder ici jusqu’à l’accouchement.

Il l’installa au cellier. Il prit soin de cacher la trappe à l’aide d’un tapis et d’une table basse. »

Voilà pourquoi «  Emma  » !

J’étais le fruit de leur union, de leur amour, estampé du sceau de leur prénom.

Hémda et Malakhi ! Em-ma ! Mamilou leur rendait hommage en les unissant de nouveau.

Malakhi signifiait «  Mon ange »  Était-ce une coïncidence ou la réalité ?

Était-ce sa présence que je sentais si fortement à mes côtés ?

Mamilou m’avait écrit !

« Hémda était à bout de forces morales et physiques.

Elle souhaitait partir, pensant revenir te chercher à la fin de la guerre.

Elle me supplia de te garder en attendant. »

Mamilou, après avoir eu froid d’un hiver en haillons embrumé de solitude, la chair endolorie par des nuits de silence, envahie de chagrin et vide de ne jamais avoir pu enfanter, avait épousé la douleur de cette femme.

Hémda, aux grands yeux noirs, aux cernes cyanosés, si touchante, si jeune et si belle !

Je savais dire enfin à qui je ressemblais.

Il y avait une photo du couple.

Alors, Mamilou retrouva la douceur de vivre.

Elle prit l’habitude de se couvrir de plusieurs épaisseurs de tissus lorsqu’elle sortait,

laissant supposer une éventuelle grossesse.

Et les bruits commencèrent à courir dans le village...

Mamilou attendait un heureux événement !

Laurent confirma ce ouï-dire.

 

(A suivre)

 

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Publié dans culturels

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