Roman : La rivière savait… (23)

Publié le par M. P.

(Suite)

Quelques jours seulement après ma naissance, Hémda partit à l’aube en direction de Lourdes,  longeant le chemin de la rivière.

Mais au petit matin, son corps baignait dans les eaux froides et glacées d’une onde débordante d’amour, grossie par la fonte des neiges, déversant ses sanglots de tristesse et d’amertume.

La femme aux grands yeux noirs

La femme aux grands yeux noirs, les plus beaux yeux avoir

A des larmes de sang rouillées de désespoir

Son regard, hâve et sombre, perdu à l’infini

Plongé dans les eaux troubles et noires de la nuit

A la beauté bouleversante de la tristesse

Au creux de l’abandon où le vent la caresse

Et le soleil la chauffe sans qu’elle ne sente rien

Un festival de bombes rythme son quotidien

Écorchant de leurs griffes sa jeunesse lynchée

En laissant les empreintes de traumatismes ancrés,

Souvenirs cauchemardesques, acides et brûlants,

D’un monde sans abri, sans pitié, sans parents.

Guerre au cœur dur poudré de givre et à l’œil vipérin,

Incoercible et pleutre, ta voix de rogomme geint

Tu incites à la haine et reflètes l’horreur

Masque nauséabond du massacre des cœurs

Quand la peur phagocyte la joie d’être vivant

Dans un panorama de souvenirs ardents

Déversés, tel un ru débordant de son lit

Allant se perdre dans le marasme de la vie

D’âmes atrabilaires victimes d’un passé

Le jour absorbé de terreur reste voilé

La femme aux grands yeux noirs, dans le calme venu

Ressent glisser l’écho d’un fort éclat d’obus

Son corps écorché vif, vertigineux mais libre

Dans un périple fou cherche son équilibre

Comment désamorcer fantômes et cauchemars

Et comment affronter ce chaos noir, si noir

Marcher sur les sentiers de la félicité

Où paraît l’arc-en-ciel aux courbes diamantées ?

La belle s’aventure aux bords de rives sombres

Elle combat les marées accrochées à son ombre

Résiliente au tragique destin qui lui est fait

Elle conceptualise un espace de paix

Où la vie se façonne de contours voluptueux

Aux essences d’agrumes, aux parfums doucereux

Aux premières lueurs de l’aube défeuillée

Et dans l’intensité de sa peine endeuillée

La tendresse lui ouvre les bras forts d’un après

Où l’on se sent vivant, où l’on se sent entier,

Où l’eau douce et limpide baigne des jours meilleurs

Où son balancement cadence la douceur

D’une raison de vivre au cœur de ces émois

D’un voyage intérieur qui ne mène qu’à soi.

La femme aux grands yeux noirs pensant à son enfant

Meurt en laissant couler quelques larmes de sang.

(A suivre)

 

 

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Publié dans culturels

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