Roman : La rivière savait… (28)
En ce début d’avril où le soleil paraît plus tôt sur la cime des arbres, l’alouette grisolle dans le cèdre bleu qui cache la gouttière. Le ciel dessine les premières lueurs du jour et les nuages, fins et légers comme un voile, s’étirent au gré du vent. La nuit m’a semblé longue. Je pense m’être juste quelque peu assoupie. Je revois sans cesse Mamilou. Je crois qu’elle va surgir ainsi, pour un instant seulement. Elle me manque tant. Elle aussi somnolait, très souvent même ces derniers temps. Je la trouvais parfois assoupie dans son fauteuil près de la cheminée. Je l’avais trouvée, là, à l’heure de la sieste, à cet endroit même où, engloutie dans son sommeil, elle s’était enfuie pour toujours.
A mon tour, je lui ai écrit. Je suis allée me recueillir sous l’aulne triste penchant sur moi sa ramure en bourgeons. Soumise me regardait de ses yeux langoureux. Je ne pouvais quitter ainsi celle qui fut ma mère. Je me devais de lui faire mes adieux.
« Mamilou, ma bien-aimée
Douce fleur, à fleur de peau, fanée,
La mélancolie, ta compagne
En transhumance t’accompagne
Au fil du temps et des estives
Quand ma douleur écorchée vive
S’estompe de mon âme éplorée
Peu à peu édulcorée
Par l’onde bleue qui glisse
Divine nourrice !
Le sillage de mon passé
Miroite sur les rives endeuillées
De ces terres arables
Où la source inépuisable
De la rivière
Bordée d’arbres séculaires
Éponge ma peine en ce doux lieu magique
Aux parfums cathartiques.
J’attends un signe de ta main
Je te dis à demain
Je te confie à mes parents
Que je porte en moi tendrement,
Adïou Maman ! »
J’ai glissé ce mot dans sa manche, comme elle avait l’habitude de faire pour ranger son mouchoir quand elle n’avait pas de poche. J’ai baisé sa main froide et froissée et j’ai prié.