Roman : La rivière savait… (32)

Publié le par M. P.

(Suite)

Pierre était rentré. Ce soir là, nous avions rejoint les jeunes du village, chacun racontant tour à tour les événements de l’année. Cette fête était l’occasion de garder le contact les uns avec les autres. La vie moderne avait dispersé chacun d’entre nous dans les villes ou les villages environnants. Soudain, je le vis ! Il se tenait là, au comptoir de la buvette, les yeux rivés sur moi, attendant le moment où mon regard se poserait sur lui ! Béni s’avança pour me saluer. Je lui présentais Pierre. Ils discutèrent longtemps tous les deux, Pierre portant beaucoup d’intérêt sur sa vie, son travail et surtout le questionnant sur l’Espagne, abordant ensemble quelques sujets politiques et économiques. Béni nous avait raconté que sa mère était morte en couche et qu’il était fils unique. Ses grands-parents paternels avaient fui l’Espagne sous le régime de Franco en 1939, pour venir vivre en France. Ils avaient trouvé du travail à Lourdes. Son père les avait rejoint lorsque Béni avait 9 ans, si bien qu’il se souvenait parfaitement de son pays dont il parlait avec nostalgie. Il lui restait encore un oncle là-bas, le frère aîné de sa mère, Faustino. Ce dernier vivait en Andalousie, dans un petit village au bord de la mer. Béni rêvait d’y retourner un jour. Il nous avoua qu’il ne s’entendait pas très bien avec son père dont le caractère bien trempé faisait des émules. Je les regardais tous deux discuter. Pierre, très absorbé par ce discours intéressant et Béni, heureux de pouvoir converser avec nous, nous signifiant ne pas connaître grand monde par ici, se plaignant de trouver les gens un peu sectaires, contrairement aux espagnols au tempérament beaucoup plus ouverts. Par la suite, Pierre m’avait invité à danser, comme pris par une envie soudaine de se retrouver seul avec moi. J’avais bien capté le regard langoureux de Béni se détournant parfois de la conversation. Pierre l’avait-il senti ?

Je remarquais qu’en fait, Béni ne me quittait pas des yeux, et, s’il avait eu, ne serait-ce qu’un instant, l’intention de me séduire, la tendresse que Pierre me prodiguait, avait dû l’en dissuader, se demandant assurément quel genre de relation j’entretenais avec mon cousin.

Par la suite, Pierre avait pu profiter d’un peu de répit, ses cours ne reprenant qu’au mois d’octobre.

Nous allions très souvent faire des balades en montagne. Les jours étaient encore resplendissants de lumière, les cascades spumeuses aux reflets de diamant inondaient nos yeux. Les Pyrénées en ce début d’automne ! Quelle merveille ! Ce panorama grandiose, saupoudré d’un  mélange de verts  acidulé de jaune, de rouge et d’orangé, nous ravissait.

La montagne ! Avec ses précipices étourdissants, ses forêts secrètes, l’eau claire de ses rivières dévalant les prairies avec force et les derniers rayons d’un soleil doux et tiède qui nous éblouissait ! O combien les Pyrénées sont belles à l’automne ! Nous les découvrions de par les chemins muletiers.

J’avais repris ma plume et, à la grande satisfaction de tous, je chantais à tue-tête :

« - Signe de bonne santé ! » disait Laurent. 

Chanter

Ce besoin incessant de libérer sa voix

Par la magie d’un air venu du fond de soi

Chanter, plaisir sensuel à se sentir vivant

Se savoir exister ici et maintenant

Pour atteindre l’extase, douce légèreté

Chanter, besoin vital, écho de liberté

Par un souffle divin venu des profondeurs

Chargé de nos affects, nos espoirs, nos ardeurs

Chanter, tendre murmure des émotions qui passent

Messager authentique de sons qui prennent place

Osmose d’un matin nouveau et rayonnant

Chanter, en résonance à l’univers ambiant

Faculté de se dire, de se livrer au monde

En parfaite harmonie, ondes qui nous inondent

Chanter, pur oxygène venu de l’intérieur

Étancher les tensions, les chagrins et les peurs

Expulser de nos âmes de façon spontanée

Nos émotions fragiles, les voir s’annihiler

Chanter, puissant remède aux troubles émotionnels

Puisant dans l’inconscient un son originel

Gardien de nos secrets perdant toute pudeur

Chanter, exhortation à s’offrir le meilleur

Le semer au grand jour et rompre le silence

Chanter, langage libre empreint de nos essences.

 

(A suivre)

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Publié dans culturels

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