Regards philosophiques (158)
Thème :
« La culture favorise-t-elle le lien social ? »
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Débat (suite) :
► Dans certains cas la culture peut renouer le lien social. On voudrait que l’accès à la culture soit la même pour tous les enfants. Hélas, ce n’est pas toujours vrai, car l’accès à la culture est bien souvent déterminé par le milieu social, familial, géographique. L’enfant dont les parents voyagent beaucoup, vont au théâtre, au musée, va partir dans la vie avec un meilleur bagage culturel. Cette inégalité là, on a du mal à la supprimer, et c’est pour cela que Malraux a voulu créer des maisons de la culture, pour effacer le plus possible les différences à ce niveau.
► Le milieu familial ne garantit pas une égale culture. Je suis d’une famille de huit enfants, nous avons fréquenté les mêmes écoles, fait pratiquement les mêmes études, mais nous n’avons pas le même niveau culturel. Je pense qu’en plus du milieu, il y a peut-être les gènes et surtout la curiosité de l’individu.
► De Schopenhauer à Durkheim, le monde est, existe dans les représentations que nous en avons. La culture crée depuis toujours ces représentations ; elles sont héritées, ou acquises, en création permanente, et partagées comme la littérature, la musique, la poésie, le cinéma, etc. Elles sont cet héritage commun qui crée un lien entre nous, lien qui se renforce dans tous les moments de partage. Durkheim, qui a surtout étudié le lien social dans le cadre du travail, nous dit néanmoins que : « Les représentations collectives sont le corps des représentations qui expriment la façon dont le groupe se pense [...]. Elles sont les dépôts et transmetteurs de l’expérience collective, et donnent une densité morale au groupe.»
Je ne vois pas la culture comme élitiste ou comme un produit de consommation ; je la vois, je la souhaite plutôt comme un lien entre les personnes. Je suis un fervent militant du partage culturel. On rencontre toujours quelqu’un qui en sait beaucoup plus que vous. Quel plaisir et quelle stimulation cela peut activer ! Cela peut réactiver le besoin de savoir et d’apprendre.
Partager ce bien commun qu’est la culture, c’est la rencontre de cet autre « je », cette complétude sans qui je ne pourrais goûter pleinement les plaisirs de ma culture. Dans ce monde où l’individu se sent parfois en déshérence, le fait de partager une histoire commune le rassure, le conforte, lui confirme son appartenance à un groupe. Ce qui nous est commun établit notre sociabilité et tous ces partages créent le « nous » social.
Plus on sait, plus on comprend ce monde, plus celui-ci prend de l’attrait. La culture, avons-nous dit, est cette richesse en partage ; en cela, elle appartient et se trouve en chacun. « La culture », nous dit le philosophe Michel Onfray [France Info, 21 octobre 2013], « n’est pas un marqueur, elle réunit » ; elle crée de l’altérité, créant et favorisant le passage du « je » au « nous ».
(FIN DU THEME)
Extraits de restitution d'un débat du café-philo
avec lequel je garde un lien privilégié
en tant qu'un des artisans de sa création.