Roman : La rivière savait… (44)
Nous n’avions pas de rancœur l’un envers l’autre, seulement, le choc avait été d’une telle violence qu’il nous avait aveuglés, ne laissant aucune place à notre amour.
Ce séjour sévillan fut l’occasion de nous retrouver.
Nous avions eu tant de mal à refaire surface et à nous rapprocher l’un de l’autre.
Nous ne savions plus comment communiquer.
Peut-être par peur de ne pas trouver les mots qu’il faut ou qu’ils ne viennent nous blesser davantage ?
Ce bouclier, nous protégeant de ce marasme, nous avait mis à l’abri quelque temps.
Il fallait peu à peu désamorcer la douleur qui nous empêchait d’avancer.
En prenant de la distance, nous avions su porter notre regard sur nous-mêmes, cherchant au mieux une aide à la survie de nos êtres.
C’est au creux de mes silences, dans un voyage intérieur, que j’ai trouvé la paix.
En me laissant guider par mes sentiments mon cœur allait à l’essentiel, et moi, j’allais de l’avant.
Une fois de plus, la poésie servirait d’exutoire à mes blessures.
Je t’écris !
Je t’écris ! Le vent levant mon voile de pudeur
Mes lettres sublimant les mots jusqu’à l’extase
Des mots à fleur de peau, taquins, vifs ou charmeurs
Aux images fleuries par des antonomases
Ou par l’évocation sucrée d’une pensée
A la coiffe ondulée de dentelles froissées.
Viennent les petits mots, fragiles ou résonnants
Des mots d’amour collés sur un cœur croustillant
Des mots gris, irisés, ou bien nacrés de givre
Qui fondent au soleil où mes larmes s’enivrent
Des mots qui sonnent juste, qui chantent, dansent et rient
Des mots qui volent haut et retiennent la nuit
Qui percent le silence et remplissent le vide
Pour embraser le ciel d’un étendard splendide
Où flottent des éclats de liberté, de paix,
De tendresse, d’amour, de générosité,
A l’infini, à la folie et à l’envi...
Mais, chut ! Entends l’écho des mots que je t’écris !