Regards philosophiques (169)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« Que mettons-nous dans le mot « valeur » ? »

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Débat :

► Texte rédigé par un intervenant sans indication de ses sources :

 Toute valeur a deux versants contraires, bien qu’également essentiels. Une valeur est d’abord ce qui s’oppose au fait, aux données, aux phénomènes. Elle vaut par elle-même, elle permet ainsi de dépasser le donné, en jugeant comme critère absolu l’évaluation. On peut penser à la valeur au sens économique du terme et en particulier à la monnaie qui incarne la valeur abstraite des marchandises. Celle-ci doit permettre de rendre mesurable des objets très variés tout en se distinguant du prix. Plus spécifiquement, une valeur morale, sociale, telles que la justice, l’honnêteté, constitue une idée à l’aune de laquelle on pourra juger toute action. Mais la valeur s’oppose au prix en ceci qu’elle est absolue et ne représente pas une norme différentielle, une échelle conventionnelle de comparaison, puisque, par principe, elle désigne ce à partir de quoi quelque chose peut valoir. On peut dire que la valeur se découvre à nous dans une lumière privilégiée quand nous nous plaçons au point de la rencontre de la possibilité de l’existence, au point que la conversion de l’un dans l’autre semble dépendre de nous seuls. Ce qui contient l’expression qu’une chose vaut la peine d’être faite. On voit bien que la valeur réside dans l’exigence de ce passage du néant à l’être dont le mot même implique que nous ne pouvons le réaliser que par un effort. La valeur, c’est toujours un effort des instants difficiles et une victoire, un travail ; la valeur, elle vaut par le travail.

Puis, il y a la valeur morale. C’est en cessant d’être prise comme valeur d’usage et en devenant valeur d’échange que les marchandises deviennent incommensurables les unes aux autres, évaluables quantitativement les unes par rapport aux autres. Mais le terme effort employé ne doit pas induire en erreur. Le propre des valeurs, c’est au contraire de préexister à l’ensemble des initiatives qui les réalisent sans pouvoir les substituer les unes aux autres.

« Valeur au sens plein signifie courage, c'est-à-dire ce qui est le plus admirable dans un homme. Et en effet, que sont les autres vertus sans le courage ? Toutefois, la probité, l’intelligence, la mémoire, la santé, la force sont encore des valeurs. Toutes les vertus sont des valeurs. Et l’on appelle aussi valeur tout ce qui donne puissance à l’homme pour exécuter, et donc tout ce qui mérite d’être amassé.» [Citation tirée de Définitions d’Alain]

► « Más tiene, más val ! », « Plus tu as, plus tu vaux !», dit le proverbe. C’est là une approche assez actuelle de la valeur, celle où l’on montre sa richesse : « A quoi ça sert d’avoir des sous si ça ne se voit pas ? »

► Nous avons évoqué les exterminateurs nazis (les Einsatzgruppen) qui avaient fait de l’obéissance aveugle au Führer la valeur suprême. Cela nous remet en mémoire l’article d’Hannah Arendt sur « la banalité du mal », où elle nous décrit le nazi Eichmann comme n’ayant nulle valeur ; il n’a, écrit-elle, ni notion du bien, ni notion du mal ; il obéit, il exécute les ordres, c’est son seul critère « éthique ». Ce type de personnage, nous l’avons rencontré lors du café littéraire [du 17 février 2010] autour du roman de Bernhard Schlink Le liseur, où le personnage féminin, Hanna Schmitz, ex-kapo, n’a, elle non plus, aucune conviction, aucune notion de valeur éthique ou morale ; elle ne connaît qu’une valeur, l’obéissance, exécuter les ordres. C’est le  genre de bêtes de somme qui ont accompagné toutes les dictatures.

La notion de valeurs morales et éthiques, même ré-évaluables, sont des concepts qui seront toujours à défendre, car nous voyons que l’absence totale de valeurs est le terrain de la barbarie.

Comme cela a déjà été souligné, les valeurs sont liées aussi à une époque ; il y a peu à creuser l’Histoire pour voir comment elles ont évolué au cours des siècles passés. Depuis la cité athénienne, où l’esclavage, le racisme et la pédophilie n’étaient pas contraires aux valeurs, à « Labourage et pâturage » de Sully, ministre d’Henri IV, aux valeurs des Lumières, à la Révolution française qui érige « la raison » en valeur suprême, puis, de triste mémoire, ces valeurs partagées par des milliers de gens qui levaient le bras pour saluer un dictateur. Depuis « Travail, Famille, Patrie » jusqu’au Comité national de la Résistance, que d’aventures des valeurs ! Ce ne  sont que quelques exemples.

Nous sommes actuellement en France dans une époque de mutation des valeurs avec les lois sociétales récentes, lesquelles créent des polémiques et divisent le peuple. Dans des Etats en gouvernance, on insiste sur votre singularité en tant que valeur, cela pour affaiblir la valeur du collectif, de l’intérêt général, de la solidarité ; il faut se rappeler que toujours les prédateurs commencent par isoler leurs proies.

►Le Maroc va bientôt revoir sa Constitution ; on peut espérer que soit modifiée cette loi où un violeur, pour réparer son crime, doit épouser la femme, la jeune fille qu’il a violée. La dignité de la personne en tant que valeur est niée ; récemment, une jeune fille qui se trouvait contrainte d’épouser son violeur s’est suicidée pour ne pas être à nouveau victime. (Affaire Amina Al Filali. Mars 2012)

►On a parlé de valeurs universelles du point de vue moral. Mais, dans ma partie scientifique, nous avons des valeurs universelles, mathématiques.

Je reviens sur l’absence de valeurs du nazi Eichmann. Comment un homme peut n’avoir aucune valeur ? Un enfant est élevé avec des valeurs. Elles ne peuvent pas totalement disparaître.

Je trouve que les valeurs sont une thématique intéressante quand on observe tous les jours, dans le monde du travail,  une non-communication ; parce que chacun étant différent, avec ses valeurs différentes, souvent, on ne prend pas le temps de chercher à comprendre l’autre, et, malgré cela, on le juge. Les valeurs dépendent de tant de choses qu’il faut s’intéresser aux valeurs des autres pour mieux communiquer.

► Les valeurs permettent de nous vendre du cochon : « Nous n’avons pas les mêmes valeurs ! » (Publicité des rillettes Bordeau Chesnel prononcée la première fois en 1986)

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

avec lequel je garde un lien privilégié

en tant qu'un des artisans de sa création.

 

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Publié dans culturels

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