Roman : La mystérieuse robe blanche (34)

Publié le par M. P.

Roman :
               La mystérieuse robe blanche
                                         

                                            Martine POUTOU

34

 Le parfum de l’enfance vous laisse son empreinte à vie. Imbibée par sa fraîcheur, Lison exhalait la résurgence d’un passé gravé au fond de sa mémoire.
Les souvenirs d’un temps lointain refaisaient soudain surface, émergeant pour mieux renaître.
On eut dit que c’était hier, et pourtant, c’était une autre vie.
Un autre temps, où les coquelicots, ébouriffés, ondulaient sous le vent, rougissant la plaine de leurs têtes amarante.
Un temps, où les sonnailles orchestraient le souffle des légendes, les soirs de pleine lune.
Un temps où l’on sculptait la terre tout autant que la pierre, où le ciel était plus souvent bleu, et les portes des maisons toujours ouvertes.
Un temps, où les arbres offraient leurs fruits à foison, où les vieux transmettaient les rites du terroir et de l’artisanat, où l’on mangeait les pommes-de-terre en robe des champs, où les hirondelles tournoyaient sous le ciel limpide de ces petits villages de caractère, nichés en plein cintre des collines verdoyantes.
La vie s’ébattait au rythme du soleil et le bonheur d’après-guerre était entier, car l’on savait se contenter de peu.
Lison revoyait tout, et ses jours glissaient, lentement, en sépia, rediffusant le film de sa vie.
Au déclin de ses jours, elle repensait à son enfance heureuse, malgré les rudesses de la vie.
Ses parents étaient pauvres, mais l’essentiel était là, leurs besoins étant toujours assouvis.
Sa mère disait alors : « Pauvres mais honnêtes ! »
Elle revoyait ces moments, heureux ou malheureux, qui avaient jalonné son existence.
Cette vie même qu’elle sentait s’effilocher et qui semblait atteindre son terme.
Le docteur avait bien dit que son coeur était faible.
Il pensait préférable qu’elle aille à l’hôpital afin de profiter d’une meilleure prise en charge.
Les soins prodigués seraient plus efficaces qu’à domicile.
Mais Lison, sentant sa mort prochaine arriver, désirait passer ses derniers jours de vie auprès des siens.
Face à sa finitude, elle voulait mourir en paix dans sa demeure, dans un dernier haïku pour son fils adoré.
De guerre lasse, se pliant à cette incomplétude, elle s’était résolue à mourir.
Un soir de mai, les Saints de glace étaient venus briser le temps qui l’avait expulsé hors de la spirale, la drapant du voile des nues.
Dans la lumière printanière d’un soir haletant, le crépuscule était tombé, doucement, éteignant les dernières flammèches bleues dans l’abîme profond de ses yeux.
 
Pour que tu ne meures pas

Pour que tu ne meures pas
J´ai prié jour et nuit
Un Dieu que j´ignorais
Pour qu´il te garde en vie
Je priais à genoux
Pour qu´il te laisse à nous

Je faisais les prières
Que je me récitais
Lorsque j´étais enfant
Je disais Notre Père
Je vous salue Marie....

Et je cherchais en vain
Dans le ciel ici bas
Des instants de répit
Que je trouvais enfin
Dans le creux de tes bras
Pour que tu restes en vie
J´aurais prié Bouddha...
Yves Duteil

 

(A suivre)

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Publié dans culturels

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