Roman : La mystérieuse robe blanche (35)
Mais, avant de plonger dans l’abysse, quelques secondes avant le repli fatal, elle avait trouvé la force de susurrer quelques mots à son fils :
- Va à l’armoire, dans le tiroir, tu trouveras … Sache, avant tout, combien je t’aime et combien je t’ai aimé …
- Moi aussi, je t’aime … murmura t-il dans un sanglot à demi-étouffé.
Il aurait tant voulu lui dire plus, lui dire encore et encore, dans son cœur empli de remous éclatés … prononcer les mots bleus, ceux qui rendent les gens heureux … mais il ne pouvait articuler un son sans que sa voix ne se dérobe.
Elle, sentait malgré tout, la chaleur de son amour l’envelopper.
Elle était calme, mais quelque chose la préoccupait.
Elle lui tendit sa main frêle, esquissant un geste las en direction de l’armoire.
Il s’en approcha. Avait-elle préparé quelques affaires, quelques habits en vue d’un cérémonial ?
Il ouvrit la pantalonnière.
Au milieu de tout un barda d’accessoires divers, son regard tomba sur une enveloppe sur laquelle étaient apposées ses initiales.
- Oh, ça alors ! Lâcha t-il en saisissant le courrier.
Il revint s’asseoir auprès d’elle, attendant une explication.
Il resta un moment, figé, les yeux écarquillés sur ce pli.
Il se souvenait ... Ces courriers anonymes ! Le T et le G qu’il voyait là, collés au centre de cette enveloppe, provenaient des mêmes coupures de presse, que les envois anonymes qu’il avait reçus auparavant. Il se demanda alors si sa mère n’aurait pas, et pour quelle raison, intercepté ce dernier courrier.
- Il y avait encore une lettre ? Questionna t-il alors.
- Ouvre donc, tu sauras … Sache que je l’ai fait par amour, par amour pour toi … Je t’aime … Murmurait-elle, cherchant encore quelques forces au tréfonds de son être agonisant. Il lut, à voix basse, par respect, par amour, par pudeur …
A mon cher et tendre fils,
Lorsque tu liras ceci, je ne serai presque plus de ce monde.
Tu sauras alors que le messager de la mystérieuse robe blanche, c’était moi. Cette robe, venue sans doute là, portée par le vent de la providence, m’a incitée à cette mise en scène, dans le seul but de rouvrir ton cœur.
Je suis heureuse que mon initiative t’ait conduit tout droit vers le chemin de l’amour, et de surcroit, jusqu’au bonheur que tu me fais, à ce jour, d’être grand-mère !
Ce stratagème, telle une clé, aura servi à débloquer une porte, verrouillée en toi depuis trop longtemps, réveillant tes émois, faisant de nouveau vibrer ton cœur ...
C’était donc elle ! pensa t-il.
Au fur et à mesure qu’il lisait, sa voix chevrotait et ses mains tremblaient.
Après avoir regardé sa mère, qui souriait, les yeux mi-clos, il avala sa salive et continua la lecture :
… Le soir du bal, ta disponibilité face à l’amour étant enfin retrouvée, tu as pu t’ouvrir à l’autre, l’incitant, l’invitant, l’induisant à la rencontre.
Je peux désormais partir sereine.
Mon périple s’achève enfin !
Je n’aurais plus à résister au frimas de cette vie infernale qui ronge mon corps de sa rouille grotesque jusqu’à la dessiccation. Je peux aller rejoindre les miens, te laissant en bonne compagnie …
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