Roman : "Au cœur de la tempête" (3)
cœur
I - La tempête
Les yeux rouges et la gueule ouverte d’une nuit folle
Etouffent les cris délirants qui dégringolent
De sa gorge et s’évanouissent dans ses veines
Glacées par l’intrusion soudaine de la déveine.
Dehors, les branches des feuillages lourds et humides
Agitent leurs bras. Et leurs faciès au regard vide
La transpercent, tels des monstres cauchemardesques
Fantômes revenus hanter ses nuits dantesques.
Le vent s’immisce dans l’interstice des fenêtres
Les volets claquent sur son cœur et tout son être
Tremble de peur quand le fracas des hurlements,
Venant à ses oreilles, en fait grincer ses dents.
La tempête sustente ses veines et elle demeure
Figée, tétanisée, pétrie par la douleur
Inapte à la révolte, engourdie par l’hiver
Qu’un charognard accable de ses troubles pervers.
La neige était tombée toute la nuit durant.
Depuis la fenêtre de sa chambre, Candice regardait cette blancheur vierge, éblouissante et féerique, se perdre dans le lointain.
Le ciel était clair et lumineux en ce matin de décembre.
Le sol, hypnotisant, s’illuminait de paillettes d’argent.
Elle aurait tant voulu partager ce moment avec sa mère. Elles aimaient tant ces petits instants de bonheur.
En ce matin d’hiver, il lui manquait sa voix, sa chaleur, son parfum. Il lui manquait juste sa présence. Il lui manquait juste tout ce qu’elle avait de plus cher en ce monde.
La cloche de l’église d’Adé annonçait que huit heures venaient de sonner. Puis, la pièce sombra dans un silence assourdissant. Dans quelques jours, ce serait Noël. Le Noël le plus triste qu’elle n’ait jamais connu. L’année tragique de ses dix ans ! Une année qui s’achève dans la peine, emplie de solitude et d’amertume, où chaque jour qui passe est un jour de plus nourri par le manque. Le manque de ses parents partis trop vite, brutalement. Deux mois avaient passé depuis ce jour cauchemardesque où Rémi attendait qu’elle rentre de l’école, le visage défait, les yeux emplis de larmes. Et ce maudit sanglier qui hantait ses nuits depuis cet instant précis où son frère lui avait décrit la scène.
Deux vies venaient d’exploser dans le vide en l’espace de quelques secondes. La voiture avait quitté la route pour se dérober en contrebas. Ils n’avaient pas souffert. Morts sur le coup ! Malchance ? Hasard ? Destin ? Appelez cela comme vous voudrez.
Pour elle, désormais, c’est le vide abyssal qui remplit la maison de son souffle glacial.
Et depuis, elle a le mal de mère, elle a le mal de père !
Elle a mal de voir la lumière s’éteindre peu à peu dans le regard vide de son frère.
Oh, Rémi, s’il-te-plaît, n’éteins pas toutes les lumières ! J’ai tant besoin d’y voir plus clair ! Tout est si noir que j’ai peur de sombrer.
Si l’on touche le fond, comment fait-on alors pour remonter à la surface ? Et comment ne pas échoir ? Comment internaliser l’idée qu’ils ne reviendront jamais ? La saison touristique venait juste de s’achever.
Monsieur et madame Lassalle avaient travaillé durant des années dans ce même petit hôtel lourdais, lui en cuisine, elle assurant le service. C’était un couple sans histoires, uni pour la vie et désormais jusqu’à la mort.
Ce jour-là, comme tous les jeudis, ils rentraient de Tarbes où ils pratiquaient la danse de salon.
Ce fut le jour de leur dernière valse, leur danse préférée. Et depuis, Candice détestait la valse, elle détestait les sangliers, elle détestait l’automne.
Elle sentit, tout à coup, comme un vertige dans sa tête et dans son ventre. Ses mains se mirent à trembler et ses jambes ne la soutenaient plus.
Tout à coup, ce fut le chaos ! Son corps fut pris de nausées suivies de sueurs froides. Elle dut s’asseoir par terre le dos appuyé contre le mur. Et ce plafond qui tournait maintenant de plus en plus vite. Soudain, elle eut peur !
(A SUIVRE)