Roman : "Au cœur de la tempête" (4)
cœur
Ces tours de manège allaient-ils enfin cesser ? Est-ce que la valse tournait aussi vite ?
Elle avait peur d’autant plus qu’elle se savait seule.
Rémi venait de partir. Il ne rentrerait pas avant la fin de l’après-midi. Son contrat de travail ayant été révisé, il prétendait alors à un poste à l’année en tant que technicien de maintenance à l’aéroport de Tarbes-Ossun-Lourdes.
En cette année 1999, année de ses 21 ans, il était devenu pour elle, son père, sa mère et son frère tout à la fois.
Il se débattait dans des histoires de paperasse pour lesquelles elle ne pouvait l’aider. Elle tâchait alors de ne pas encombrer davantage son univers, de ne pas rajouter plus de tracas à sa vie déjà bien tourmentée et compliquée. Lui, la suppliait de ne pas décrocher, de continuer à bien travailler à l’école, de penser à son avenir :
- Candice, tu iras loin, je le sais, j’ai confiance en toi !
L’assurait-il de sa voix chaude et rassurante.
Pauline et Léon, leurs voisins et amis, tous deux anciens professeurs à la retraite, venaient tous les jours prendre de leurs nouvelles, s’assurant que tout allait bien. Toujours prêts à rendre service, ils les aidaient de leur mieux, suivant de près, à la demande de Rémi, le travail scolaire de leur petite protégée. Elle regardait toujours le plafond, toutes ces images passaient devant ses yeux dans un tournis incessant. Etait-ce le contrecoup ? Elle fixa une poutre, espérant que cela s’arrête enfin. Ces poutres anciennes que son pauvre père avait pris soin de poncer puis de cirer tout comme le lambris sur le mur mansardé.
Tous les murs rénovés de cette vieille demeure, ses parents avaient su leur redonner une seconde vie, ils en avaient été si fiers ! Elle espérait alors que leur âme y rôde et vienne la protéger.
Elle se sentait si vide et si désemparée.
Elle réussit à rejoindre la salle de bain tant bien que mal.
Elle but un peu d’eau en s’aspergeant le visage.
Il fallait se ressaisir. Pour Rémi, il le fallait vraiment.
A Noël, Inès serait là. Elle devait arriver demain de Paris avec ses parents. Elles iraient donc ensemble à la messe de minuit. Ses grands-parents, Pauline et Léon, se réjouissaient d’avance de ces retrouvailles.
Puis, elles ouvriraient les cadeaux venus de part et d’autre et iraient se coucher la tête pleine de rêves.
Inès Thieulet avait fait dix ans au mois de mai et Candice, en novembre.
Elle était sa meilleure amie car elle savait qu’elle pouvait toujours compter sur elle. Les vacances seraient bien moins tristes. Ces pensées soudaines venaient doucement lénifier sa peine. Il lui sembla alors que son malaise s’était quelque peu dissipé. Elle se sentait, tout à coup, moins étourdie. A cet instant précis, elle prit pour devise de ne plus jamais s’apitoyer sur son sort.
Une fois dans la cuisine, elle mit son bol de chocolat au micro-onde et ses tartines dans le grille-pain.
L’odeur du pain grillé lui ouvrit légèrement l’appétit.
Elle devait manger, reprendre des forces. Ses parents l’auraient voulu ainsi et Rémi avait besoin d’elle.
(A SUIVRE)