Roman : "Demain, fera-t-il beau ?" (38)

Publié le par M. P.

Roman :
"Demain, fera-t-il beau ?"
                                                        
                                                       Martine POUTOU
 
38
             
Cette musique du passé, dont quelques notes résonnaient, à coup sûr, dans ses gênes.
Sa mère ne pouvait se résoudre à cracher cette douleur collée à sa plèvre. Je savais, par expérience, qu’il vaut mieux libérer le mal, quitte à en souffrir un bon coup, que de le laisser gangréner, croyant qu’il va finir par s’endormir pour de bon. Bien sûr, chacun agit à sa manière, en fonction de ses possibilités.
Pour ma part, mon histoire et ma vie m’ont dotée d’une certaine force, une sorte d’immunité morale, salutaire en cas d’épreuves.
Salma avait-elle était trop protégée au point de ne pas savoir apprivoiser sa douleur, la laissant entrer, telle une intrus, ne sachant plus comment s’en défaire ?
Qu’aurais-je dû entreprendre que je n’ai pas fait ?
Nous en parlions souvent, Ambre et moi, toujours aussi avides de questionnements.
Ces apartés renforçaient davantage le lien de confiance qui nous unissait déjà très fort. Ces moments nous étaient même devenus indispensables. Ambre commençait à percevoir le côté obscur de Salma, comprenant mieux son attitude peu démonstrative à son égard.
Il y avait chez sa mère, certainement la peur de souffrir qui pouvait expliquer pourquoi cette rétention des sentiments.  Ma douce enfant, fragilisée par la mort de Béni, père parti trop vite et dont l’absence avait torturé son cœur, tout autant sinon plus que le mien, se camouflait sous une épaisse armure étouffant ses émois.
Il fallait éviter encore la souffrance, ne pas réveiller les peurs enfouies y compris les peurs ancestrales, en particulier celle relative au décès précoce de ce bébé qu’elle n’avait pas connu et qui était sensé être son frère aîné.
Sous cet angle là, Ambre observait l’autre profil de sa mère. Salma, si secrète ! Sa mère, cette femme qui l’aimait, bien sûr, mais à sa manière.
Elle n’en doutait plus et j’en étais presque soulagée.
Car, au-delà des mots et des actes que les individus peuvent dire ou commettre, il y a le pardon pour qui sait entendre les mélodies résonnant au plus juste au tréfonds de chacun de nous.
Mais, pourquoi certains sont-ils insensibles à la musique ? Nous avons tous été bercés de prélude, sonates, adagios et autres… mais nous les avons oubliés.
Ambre était à la recherche de cela.  
Je l’aidais de mon mieux :
- Tu sais, ma chérie, lorsque je suis tombée enceinte de ta mère, je prenais le risque d’être mère et d’aimer encore ou non cet enfant que je pouvais de nouveau perdre.
J’ai choisi de faire confiance à la vie et d’aimer, coûte que coûte.
Et ce que j’ai choisi, je ne le regrette pas.
Là est l’essentiel, ne rien regretter de ses choix.
                      
(A SUIVRE)
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