Regards philosophiques (253)
► Poème d’Hervé :
Tolérance.
Tout un chacun pense différemment
Œil pour pour œil, c’est la loi du talion,
La vengeance appliquée sans discernement
Ecarte toute solution d’évolution.
Réfléchir pour donner une suite précisément,
Analyser sincèrement la situation
Ne pas s’emporter et agir moralement
C’est avoir un comportement de conciliation,
Enfin, être tolérant, n’est-ce pas être clément ?
► La tolérance aujourd’hui c’est, pour moi en France, au 21ème siècle dans notre société multi-culturaliste qui affiche comme une de ses valeurs la reconnaissance de la diversité culturelle et cultuelle ; et aussi dans un régime démocratique qui veut développer la démocratie participative et non pas seulement la démocratie représentative avec tous les concitoyens français, bi- ou multinationaux, et pour certains aussi les étrangers, et enfin, dans une situation d’état de guerre en butte au terrorisme islamiste. Mon point de vue, que je vais essayer d’argumenter est de dire non à la tolérance comme simple compréhension de l’autre et oui au respect comme reconnaissance de l’autre comme une personne humaine comme moi. D’abord la valeur constitutive de la société humaine est le respect et non pas la tolérance ; car :
1° Comme l’écrit Freud dans « Malaise dans la civilisation », le bonheur n’est pas au programme de toute société : les êtres humains doivent, pour vivre ensemble, refouler le Thanatos, le désir de mort que chacun a en lui, et sublimer l’Éros, le désir de plaisir que chacun a aussi en lui. Il y a donc de l’intolérable en toute société : les meurtres, l’inceste, l’oisiveté comme principe de vie…
2° L’être humain est un animal social, il n’y a pas d’être humain hors société – d’Aristote aux anthropologues contemporains – et l’ermite qui se retire dans les bois ou sur une île déserte parle une langue qu’il a apprise de ses pairs et emporte avec lui une théière ou une cafetière objet de sa civilisation. Ce qui constitue la société, c’est la considération de l’autre comme une personne avec laquelle il faut dialoguer pour vivre ensemble et pour que ne se développe pas, « la guerre de tous contre tous » (Hobbes). Autrement dit comme l’écrit Kant : avec une personne tu dois toujours « agir de telle sorte qu’elle ne soit pas prise comme un moyen mais comme une fin ». Une personne est respectable, elle doit être respectée, même si elle est aussi, en même temps instrumentalisée. C’est ce qui distingue les personnes des choses.
L’intolérable pour l’être humain c’est qu’il ne soit pas reconnu comme un être humain et non pas que ses habitudes et ses coutumes ne soient pas tolérées. D’ailleurs, sur le plan juridique il y a eu un enregistrement de la différence entre tolérance et respect. En 1945, il y a eu la différenciation entre crimes de guerre (il y a guerres lorsque des individus ou des peuples ne se tolèrent pas) et crimes contre l’humanité quand des individus ou des peuples ne sont pas considérés comme des personnes humaines (génocides, viols, esclavage, torture).
D’autre part, la tolérance n’est pas une valeur mais un moyen de gouvernement.
Dans le dictionnaire de Trévoux (du 18ème siècle) la tolérance c’est « la condescendance qui fait qu’on n’empêche pas certaines choses, qu’on les connaisse et qu’on ait le pouvoir en main ». La tolérance est un moyen d’éviter la discorde, un moyen de coexistence pacifique ; pour éviter les troubles, et les guerres de religion. De même Kant dans « Qu’est-ce que les Lumières? » salue Frédéric II de Prusse comme un monarque éclairé car il est le premier à déclarer qu’un prince (l’autorité politique) n’a rien à prescrire aux hommes dans les choses de la religion, et qu’il refuse l’attitude hautaine de tolérance au bénéfice de l’attitude digne du respect de l’autre, des autres croyances. Cela est juste aussi du point de vue psychologique: est en position de tolérer celui qui a le pouvoir d’écraser et qui ne le fait pas Seuls les maîtres tolèrent pour rester maîtres. Aujourd’hui la tolérance prend le masque du droit à la différence qui finalement devient l’éloge des différences et l’acceptation des communautarismes: à table, dans les cantines scolaires, de manière vestimentaire dans l’espace public… C’est bien un outil de gouvernement: la paix sociale passe par la tolérance des habitudes et des coutumes différentes qui peuvent devenir ostentatoires et prosélytes, et qui le sont devenues en ce qui concerne celles qui se réclament aujourd’hui de l’Islam. Déjà en 1996, lorsque des jeunes filles ont refusé d’enlever leur voile en entrant au collège, l’administration l’a toléré et le gouvernement Jospin et le conseil d’Etat aussi, et cela était une erreur que l’on paie aujourd’hui. Et qui s’est élevé contre le port de la burka dans l’espace public pour légiférer en 2011 ?
Prenons un autre exemple la pratique de l’excision. Peut-elle être tolérée? Non parce qu’elle est une atteinte à l’intégrité de la personne humaine. Il doit y avoir le même refus pour les pratiques qui nient la personne humaine (le voile intégral), et respecter les femmes qui se font exciser ou qui portent le voile intégral c’est discuter avec elles, les considérer comme capables de discuter, et argumenter sur le fait que toutes les cultures ne sont pas égales en valeur humaine et que celles qui imposent l’excision, ou le voile intégral, ne respectent pas les femmes, les prennent pour des choses et que ceux et il faut que celles qui imposent de telles pratiques soient condamnés et châtiés.
(A SUIVRE)