"Ton mari est formidable !" : Acte 1 - Scène 4
Par la décision délibérée d'Igor de quitter la compagnie, Florine et Léon se retrouvent maintenant seuls.
Léon : Après notre euphorie commune d'hier soir, je venais voir, mon amour, si tu avais fait toi aussi de beaux rêves...
Florine : Je n'ai pas grand chose à ajouter... Léon, tu as bien vu, entendu, saisi, joui de l'état indicible dans lequel tu m'as à nouveau transporté.
Léon : Bien sûr.
Florine : Avec toi, j'atteins des sommets très élevés. Sincèrement, je ne pourrais plus oublier ces moments-là...
Léon : D'autres suivront... Je te le promets et tu peux me faire confiance.
Florine : Je le souhaite mais, pour l'instant, gardons tout notre calme, les pieds sur terre.
Léon : Oui, à chaque jour suffit sa peine... et ses plaisirs. Mais peux-tu me dire ce qu'il se passe chez vous, ce matin ?
Florine : Quoi ? Rien.
Léon : Comment ?
Florine : Rien de particulier.
Léon : Ne discernes-tu pas toi aussi dans tous les propos à nous destinés, les prémices d'une révolution, pour le moins les débuts d'une guérilla ?
Florine : N'exagère pas. Nous n'en sommes pas là.
Léon : Tu te trompes !
Florine : Aucun bruit assourdissant ne s'impose... aucun feu rouge ne clignote... aucun tocsin ne sonne...
Léon : Dois-je te faire remarquer qu'aucun tsunami ne s'annonce non plus à l'avance ?
Florine : Tu enfonces une porte ouverte.
Léon : N'entends-tu donc pas ton homme ? Il use d'une grandiloquence inhabituelle, assène, à qui veut bien l'entendre, sa profonde humanité.
Florine : Je l'entends, oui. Et alors ? Serais-tu inquiet ?
Léon : L'atmosphère me semble lourde, pesante. Est-ce simplement les dernières perturbations d'un violent orage qui a éclaté entre vous que je perçois ?
Florine : Pour être franche, il n'y a pas eu d'orage ou de tempête cette nuit... et ce matin non plus.
Léon : C'est bien ce que je disais.
Florine : Non il s'agit sans doute des réactions des organismes aux fortes variations de température ou de simples sautes d'humeurs.
Léon : A t'écouter, j'en reste abasourdi.
Florine : Qui parle : ton cœur ou ton esprit ?
Léon : Le cœur a ses raisons... la raison, elle, a sa logique, sa liberté, ses déductions, ses conclusions.
Florine : Et que dois-je en déduire, moi ?
Léon : Tu devrais :
primo : te déboucher les portugaises qui me paraissent bien ensablées;
secundo : essayer d'assembler les différents morceaux du puzzle qu'Igor te dévoile avec délectation petit à petit, élément par élément.
tertio : rester en permanence vigilante, en perpétuel éveil pour ne pas inconsciemment trébucher au moindre écueil.
Florine : Tu me soumets là un véritable plan d'aide... ou plus exactement un sacré plat de résistance.
Léon : C'est cela.
Florine : Parce que tu es, toi, déjà persuadé qu'il sait tout ?
Léon : Je le connais suffisamment ton homme pour être capable de décrypter sans faille certaines de ses expressions alambiquées, certains de ses actes bien calculés.
Florine : Et alors ?
Léon : En deux mots : pour moi, il sait. Sûr ! J'en suis convaincu. Certain !
Florine : Je n'en suis pas aussi persuadée... je le reconnais.
Léon : Sois un peu plus attentive... reste toujours sur le qui-vive comme un gardien de phare, un guetteur de feux... et rapidement, seule, ta conviction tu te forgeras.
Florine : De la discussion, habituellement, jaillit la lumière... mais c'est le doute qui maintenant et subrepticement m'assaille.
Léon : Dis-toi que c'est excellent... c'est la meilleure chose qui pouvait t'arriver aujourd'hui.
Florine : J'ai la vague impression que le rideau qui me voilait la scène commence à s'entrouvrir.
Léon : Tu m'en vois ravi.
Florine : Ah bon !
Léon : Evidemment... Te voilà enfin un peu plus lucide ! L'esprit plus léger, je peux te laisser vaquer à tes occupations ménagères...
Florine : Avec la grâce d'une danseuse de ballets... l'enthousiasme d'une nouvelle étoile... et la gaieté communicative d'une femme follement amoureuse...
Léon : En somme avec un énorme plaisir que je ne suis pas apte à comprendre.
Florine : Que veux-tu, je suis épouse, amante mais femme avant tout...
Léon : A plus tard, mon amour. Et surtout, n'oublie pas : toujours l'œil aux aguets, le pavillon auriculaire au vent...
Florine : Je suis parée.