"Ton mari est formidable !" : Acte 2 - Scène 3

Publié le par J. C.

Les deux amies, Florine et Claire, à nouveau seules, continuent à bavarder, à se confier tout en dégustant un bon thé aux saveurs de fruits rouges.


Florine : Comme il a bien fait de venir te dire bonjour. Tu l'as entendu... Que m'en dis-tu ?
Claire :
C'est clair.
Florine : Claire, alors sois claire, s'il te plaît !
Claire : Je crois qu'à mon tour, je vais te surprendre.
Florine : Pourquoi me fais-tu languir ta réponse ?
Claire : J'ai déjà rencontré quelques cas semblables... mais pas beaucoup.
Florine : Enfin, me l'a donnes-tu ta réponse ? Oui ou non ?
Claire : Par ton impatience, tu me coupes sans arrêt.
Florine : Faut-il que j'en déduise que tu ne veux rien me dire ?
Claire : Si tu veux le savoir, ton mari est formidable.
Florine : Quoi ? Que m'affirmes-tu là ?
Claire : Oui, tu m'as très bien entendu.
Florine : Mais... mais... c'est à moi que tu annonces ça...
Claire : A toi, Florine.
Florine : Tu crois que je t'ai demandé de venir pour m'asséner ce coup de massue, pour me donner de face ce coup de poignard ?
Claire : J'ai hésité quelque peu... tu l'as compris...
Florine : Pour qui est-il formidable, mon homme ? Si tu le côtoyais tous les jours, tu ne parlerais pas comme cela.
Claire : Même entre amies, il est parfois difficile de se comprendre !
Florine : Mais c'est toi qui me jette en plein visage ce jugement péremptoire. Et que vas-tu m'annoncer encore ?
Claire : Ma vision des choses.
Florine : Ah ! Euréka !
Claire : Qu'as-tu compris ?
Florine : Comme j'étais aveugle... C'est pour cela que je ne te voyais plus ces dernières semaines, toi qui venais auparavant plutôt fréquemment...
Claire : Florine, attention, tu divagues... tu te laisses emporter par des mots qui dépassent ta pensée... Tu ne peux quand même pas supposer cette éventualité...
Florine : Impossible ?
Claire : Oui.
Florine : Ce mot ne fait pas partie de ton vocabulaire, tu me l'as prétendu tout à l'heure.
Claire : Je te l'ai affirmé mais je m'évertue aussi, et sans succès, à te faire comprendre que ton mari est formidable.
Florine : Non... je t'en prie, assez ! Pas toi... à moi !
Claire : For - mi - da - ble, te dis-je !
Florine : A tes yeux, peut-être !
Claire : Exactement !
Florine : Et tu espères me le faire admettre ?
Claire : Tu l'admettras, sans tarder.
Florine : Là, tu te trompes, tu te mets le doigt dans l'oeil.
Claire : Cela m'arrive, comme à tout un chacun. Et toi, jamais ? Tu es infaillible ? Comme la papauté !
Florine : Ne me fais pas rire.
Claire : Ta violente réaction, ta folle diatribe s'estompent-elles maintenant ?
Florine : Mets-toi un peu à ma place.
Claire : Je m'y évertue.
Florine : Dis que tu essaies.
Claire : J'en conviens mais pour en revenir à Igor, il sait qu'il est trompé par sa femme et trahi en même temps par son meilleur ami.
Florine : Enfin, tu envisages aussi cette hypothèse !
Claire : Or il a déjà réussi à surmonter toute réaction passionnée et fait face dorénavant avec sa raison, son intelligence.
Florine : Qu'est-ce que cela change ?
Claire : Tout.
Florine : Je suis une incomprise ! Même par ma meilleure amie !
Claire : Ne me raille pas. C'est justement son comportement, ses réactions que j'estime moi admirables.
Florine : Chacun son attitude, ses réactions.
Claire : Pourquoi feins-tu l'indifférence, ce désintéressement ?
Florine : J'attendais une aide personnelle... Acceptes-tu de le comprendre ?
Claire : Bien sûr.
Florine : Et tu m'infliges un discours pour le moins flatteur sur Igor que je ne peux entendre. Même de toi, Claire !
Claire : Tu n'es pas objective !
Florine : Et toi, l'es-tu ?
Claire : Bien plus que toi... Le regard que je peux porter sur votre situation est un regard extérieur, donc par essence un peu plus neutre.
Florine : Je ne peux soutenir le contraire.
Claire : Ensuite, en tant qu'amie je dois t'approuver dès lors que tu as raison...
Florine : Il ne manquerait plus que cela...
Claire : Mais je me dois te faire part de mon analyse, de ma perception de la réalité même quand je sais qu'elles ne te conviendront pas. Comme  la liberté, l'amitié ne se divise pas !
Florine : Pas de grande théorie... Aujourd'hui je n'en ai que faire.
Claire : Igor, lui, face à son infortune, s'est attribué un rôle. Et à tout moment il le joue... plus exactement  il tente de le jouer...
Florine :
Tu vois je t'écoute plus calmement.
Claire : Sa curiosité le pousse à essayer de mieux cerner vos deux personnalités. N'a-t-il pas tenté de me provoquer à moi aussi ? Il est en plein dans son jeu.
Florine : Que cherche-t-il vraiment ?
Claire : Comme un peintre crée son tableau par touches successives, lui espère, par petites piques déstabilisantes, déceler vos véritables  sentiments réciproques !
Florine : Dans quel but ?
Claire : Je ne peux te le dire... Peut-être pour réussir à vous mettre à nu !
Florine : Quoi ? Il désire me mettre à nu !
Claire : Pourquoi pas ?
Florine : Eh bien... cette fois-ci, il ne m'aura pas. Je t'en fais, à toi Claire, ce jour le serment.
Claire : Tu me vois ravie de cette résolution. Avec cette détermination, j'anticipe que tu resteras en permanence sur tes gardes.
Florine : Oui, armée maintenant je suis pour résister... et longtemps.
Claire : Florine, pour l'instant, tu n'as plus besoin de mes services. Je repasserai te voir dans quelques jours.
Florine : Je te remercie. Avec toutes mes excuses pour mes outrances... mais je devine que tu me les as déjà pardonnées. C'est l'amitié qui est formi-da-ble... Je t'accompagne jusqu'à ta voiture...

 

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Publié dans théâtraux

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