L'école de mon enfance
Souvenirs ! La photo représente un groupe d'élèves, vingt sept garçons et filles, petits et grands de six à quatorze ans. L'ardoise indique 1947 ; elle est posée sur les pieds d'une élève de la première rangée. Notre école ! ... le respect des maîtres... l'envie d'apprendre à lire, à écrire, à compter... Pour moi, apprendre à parler français et obtenir les clefs pour communiquer avec les autres enfants.
Nous rentrions en classe, en rang, deux par deux, en silence. Assis côte à côte sur les bancs des pupitres, polis par les nombreux élèves qui se sont succédés au rythme des années. Les encriers étaient remplis d'encre bleue.
La classe commençait toujours par une leçon de morale avec une phrase écrite à la craie blanche sur le tableau noir. Après seulement, les cours de français, de calcul commençaient : connaître la grammaire française, jongler avec les verbes, avec l'accord des auxiliaires être et avoir...
Souvent nous restions coi devant une carte muette, accrochée au tableau, représentant les fleuves qui arrosent notre pays. Il fallait savoir où ils prenaient leur source, quels étaient leurs affluents, rive droite et rive gauche... les départements traversés...
La maîtresse nous communiquait, quelquefois, des « ficelles » pour connaître et retenir la terminaison d'un mot... il suffisait de le prononcer en patois.
Le vendredi après-midi était réservé à l'apprentissage de la couture, du dessin, du chant, des récitations, du sport et des travaux pratiques comme la cueillette, suivant les saisons, des cerises, des cassis, des groseilles, du tilleul. Nous suivions également les différentes opérations de la miellée : la visite générale des ruches avec l'observation particulière de la reine, la récolte, l'extraction, la filtration, la mise en pots.
L'hiver, le fond de la classe abritait quantité de plantes ne supportant pas le gel dont un immense oranger, deux citronniers. La chaleur était diffusée par un poêle très haut, très ouvragé, en fonte, alimenté de bûches fournies, à tour de rôle, par les parents, bois que nous rangions sous le préau. Souvent madame faisait cuire une grosse pomme reinette grise qui laissait échapper une bonne odeur qui nous faisait saliver.
Ce couple d'instituteurs, sans enfant, mettait un point d'honneur à nous mener tous jusqu'au certificat d'études. Leur engagement forçait la reconnaissance et le respect. Ils ont passé presque toute leur carrière dans ce petit village...
Un jour que je bavardais trop, la maîtresse m'a demandé d'aller acheter cent grammes de salive de perroquet à l'épicerie... et l'épicière de se moquer en me conseillant d'écouter et de bavarder un peu moins. Je ne l'ai pas oublié, ce conseil !