Retour vers mon enfance (5)

Publié le par B. B.

PROMENADE MATINALE

Le jour se trouve un chemin jusque dans la chambre. J'ouvre les volets sur le jardin emperlé de rosée. Le soleil, encore hésitant, éclaire les prairies qui glissent en pente douce vers la rivière. La promesse d'une belle journée me réchauffe le cœur.
Un peu plus tard, je me rends au jardin pour couper les roses fanées et pour arracher quelques mauvaises herbes. Ma sœur me trouve là en train de biner les plates bandes où se mélangent l'orange vif des soucis, le violet foncé des pétunias et le rouge orangé des bégonias. Elle est escortée de sa fidèle et douce« Peluche », un border-collie noir et blanc, qui suit sa maîtresse partout.
De quatre ans ma cadette, Marie-Claire a gardé son allure d'adolescente. Des yeux rieurs, une bouche bien dessinée, un petit nez en trompette avec des taches de rousseur, le teint hâlé, elle ne semble pas vieillir. Seuls quelques fils d'argent parsèment ses cheveux clairs coupés très courts.
« Tu viens marcher avec nous ? Il faut en profiter car le temps risque de changer. »
Un bâton à la main, nous nous engageons sous la voûte des arbres. Le chemin se tortille devant nous. Nous marchons dans des flaques de soleil. Le silence craque sous nos pas dans les tapis de feuilles sèches et de brindilles que nous écrasons. L'automne s'éparpille dans une féerie de couleurs et de parfums. Les châtaigniers, autrefois surnommés «  les arbres à pain », couverts de rouille prennent de l'avance sur les autres arbres. Ils sont très nombreux dans le bocage charentais où ils faisaient la joie du charpentier, du fermier et du feuillardier. Leurs bogues piquantes commencent à bombarder les chemins. Nous empruntons maintenant un sentier qui se coule entre les broussailles. La friche a gagné du terrain. Nous arrivons à « La pissette du Loup », une fontaine où nous aimions puiser l'eau fraîche au fort de l'été. La source n'a pas changé mais son eau n'est plus potable, depuis l'apparition de nitrates dans la nappe phréatique. L'eau chante à nos pieds. Un peu de cresson pousse encore au milieu de la mousse et du lierre qui envahit tout.
Un jour, la fontaine disparaîtra complètement sous la végétation que plus personne ne coupe.


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Publié dans témoignages

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