Retour vers mon enfance (6)

Publié le par B. B.

Meunier, tu dors....
Nous descendons encore un peu, le long des haies centenaires piquées de charmes et d'aubépine. Dans les près, un léger vent vient secouer la dentelle des grands peupliers. Nous goûtons l'humidité odorante de la rivière«  l'Argentor » qui faisait le bonheur des orpailleurs jadis. Les racines des aulnes et des frênes qui plongent dans son eau transparente sont le territoire des gardons, des veyrons, des perches et des anguilles dont les nombreux hérons au long bec sont friands....Un martin-pêcheur bleu acier fend l'air devant nous. Dans le ciel, des buses planent, oscillant sur place, face au vent sans un mouvement d'ailes. Un peu plus loin, la rivière multiplie ses bras pour former une multitude de petites îles.
Nous arrivons au moulin mais son imposante roue à aube qui nous attirait comme un aimant s'est figée. Elle a cessé de tourner inlassablement avec le courant, comme au temps de sa splendeur. Enfants, nous aimions regarder le meunier, couvert de farine, au milieu des sacs de blé qu'il vidait dans d'énormes machines mues par de gigantesques poulies. Dans un vacarme épouvantable, les grains dorés étaient écrasés par de lourdes meules. La farine coulait dans de grands récipients. Une poussière blanche qui nous faisait tousser flottait en permanence dans l'air. Des chats s'étiraient au milieu des sacs de jute entre deux courses avec les souris. Nous restions de longs moments à observer la transformation des grains et à écouter les craquements du bois. Nous en ressortions le visage et les vêtements poudrés, et des bruits plein la tête. Mais la minoterie s'est tue à présent. On n'entend plus que le clapotis de la rivière entre les galets et le vent dans les grands peupliers. De hautes herbes envahissent peu à peu les berges et sont devenues l'habitat de prédilection de très nombreux rongeurs. On aperçoit parfois d'énormes ragondins au milieu des roseaux qui se balancent.
Aux siècles derniers, les moulins, omniprésents le long des cours d'eau, sont presque tous tombés en désuétude aujourd'hui. La fée électricité est passée par là. Mais le pain n'a plus la même saveur désormais.


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Publié dans témoignages

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