Retour vers mon enfance (22)

Publié le par B. B.

L'école communale... 


Il est encore un peu tôt pour rentrer. Je vais faire un détour par le bourg pour revoir l'école communale transformée aujourd'hui en musée. Un peu en retrait, le bâtiment est protégé de la route par une haie haute et des chênes énormes. Je me retrouve toute tremblante devant le portail de la cour qui me paraît bien plus petite que dans mon souvenir. Mais les deux marronniers, qui lâchent leurs fruits bruns et brillants sur l'épais tapis de feuilles mortes, sont toujours là. Au fond, les toilettes sont alignées : les garçons regardaient quelquefois par-dessus la porte pour embêter les filles Le préau, où nous nous protégions des intempéries pendant la récréation, est adossé au mur. Ici et là, sur le sol, des marelles à demi effacées font resurgir bien des souvenirs. Je me revois, avec mes copines, jouer à cache-cache, aux barres, à colin-maillard, faire une ronde ou parcourir la cour en sautillant à cloche-pied. Les garçons tapaient dans un ballon, s'affrontaient aux billes, se bagarraient ou s'amusaient aux gendarmes et aux voleurs...Quand la cloche tintait, nous nous mettions en rangs. Les garçons enlevaient leurs casquettes. La maîtresse vérifiait nos tenues : la blouse devait être impeccable, les mains et les cheveux bien soignés et les chaussures parfaitement cirées. Puis nous rentrions en silence.

 Je pousse la porte de la classe fermée sur la poussière et les devoirs d'autrefois. Je contemple ce capharnaüm comme une vitrine du passé. L'odeur du papier, du cuir des cartables, celle plus tenace des protège-cahiers, celle un peu plus douçâtre de la craie et de l'encre, titillent encore mes narines et font resurgir des souvenirs enfouis depuis longtemps. Je revois mes camarades sortir des pupitres, patinés par le temps, les plumiers, les ardoises et leurs éponges, les craies...Je me rappelle du silence et des bras croisés pour écouter la maîtresse. Gare à celui qui parlait : il se faisait tirer les oreilles, ou donner des coups de règle sur le bout des doigts, ou mettre au coin. On ne badinait pas avec la discipline. On commençait la journée par la leçon de morale rédigée en belle calligraphie ronde sur le grand tableau noir. Je me souviens des pages d'écriture que nous nous appliquions à remplir à l'encre violette, d'une main hésitante, en tirant la langue ou en pinçant les lèvres, courbés sur nos pupitres en bois. Avec la plume sergent major, il nous fallait réaliser des pleins et des déliés en évitant de déposer sur la page des pâtés. Ceux qui écrivaient de la main gauche se faisaient taper sur la main. Puis venait l'épreuve de calcul mental à la craie blanche sur l'ardoise noire.


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