Retour vers mon enfance (33)
La foire, le sept de chaque mois, avait lieu dans le bourg voisin, et c'était le rendez-vous incontournable de tous les hameaux et villages alentours. C'était l'occasion d'acheter une paire de chaussures, un peu de tissu, des outils, de la volaille...C'était aussi l'occasion de rencontrer des amis ou de revoir des voisins éloignés.
Sur la place et tout au long de la rue principale, c'était une succession de stands où se serraient d'innombrables camelots, forains et petits producteurs. Accrochée à la main de ma mère, j'aimais déambuler entre les étals qui nous attiraient tels des papillons autour d'une lampe. Nous nous laissions porter lentement par la foule en mouvement. Mes yeux émerveillés se grisaient devant les stands animés et bruyants. De ci, de là, on entendait le boniment d'un camelot. Les femmes fouinaient allègrement dans les étalages où se côtoyaient des bleus de travail, des costumes sombres, des robes fleuries, des tabliers, des dessous pas très affriolants...... Fatiguées de toutes ces marchandises étalées, des appels des camelots, du bruit, des couleurs, nous aimions faire une petite halte au camion du pâtissier. Là, récompense suprême, j'avais droit à un cornet de glace ou à un morceau de tourteau fromagé, lentement dégusté. Puis nous reprenions notre prospection. Nos pas nous conduisaient vers les stands où une débauche d'outils, de fourches, de tronçonneuses attirait les hommes. Nous remontions ensuite vers le champ de foire où de fortes odeurs de bêtes nous accueillaient. Des rangées de bétail, attaché court à des barres, des génisses apeurées, des taureaux énormes attendaient là d'être vendus. Les chevaux piétinaient derrière la barrière. Les maquignons en blouse noire, un béret noir sur la tête, un bâton à la main, une sacoche en cuir en bandoulière, examinaient minutieusement les vaches et marchandaient avec les éleveurs. Quand ils étaient d'accord sur un prix, ils se tapaient dans la main.
Mais ce matin, le spectacle est désolant. Sur la place, jadis envahie par de nombreuses toiles multicolores, quelques forains se sont installés. De rares clients désabusés circulent d'un stand à l'autre. Ce bourg, si vivant autrefois, tombe lui aussi dans une léthargie inéluctable. Par manque de travail, beaucoup de jeunes partent : ils quittent la douceur et la convivialité de la campagne pour la frénésie et l'anonymat des cités. Mais ils n'ont pas vraiment le choix. Que seront ces villages dans vingt ans ????