Nouvelle : « Rideau, s'il vous plaît ! » (2/2)

Publié le par J. C.


                                        Suite de la  Nouvelle : « Rideau, s'il vous plaît ! » (1/2)


Dès l'ouverture des rideaux, le public, très nombreux, se manifesta. Spontanément ! Positivement ! En attestèrent immédiatement les petits cris de surprise, d'admiration même que le décor, inattendu, provoqua chez certains. Et rien de mieux à vrai dire pour donner immédiatement des ailes aux acteurs ainsi que l'élan, la chaleur, le feu nécessaires à tout embarquement magique, enchanteur !

Jouant les différentes scènes avec enthousiasme, avec une prestance quasi naturelle, une présence collective rarement atteinte jusqu'alors, régulièrement aux  répliques pertinentes, aux intrigues cocasses, aux métaphores comiques de la comédie répondaient des rires plus ou moins sonores, bruyants parfois des spectateurs. Riche et féconde cette grande complicité instinctive, familière ! N'est-ce pas concrètement les premiers et encourageants signes de tout réel succès ? Et personne, jamais, ne s'y trompe !

Déjà, le troisième acte avançait... et, dans ces conditions idéales, il était aisé de prévoir que la déclaration d'amour du personnage principal, moment toujours très poignant avant le dénouement final, enflammerait sans nul doute et  définitivement ce public particulièrement réactif.

En effet, alors que dans le texte, Clara, l'un des personnages principaux, devait écouter, savourer, attentive et radieuse, la dithyrambique  déclaration d'amour de son amoureux, elle prit les devants et se mit, progressivement et d'une manière tout à fait inattendue, à dévoiler sa flamme, sa passion, ses désirs à celui dont elle était manifestement éprise. D'ailleurs, ses mots, sublimes, sa fougue, impressionnante, ses attitudes, parlantes, n'échappaient pas au public qui, dans un silence religieux, communiait intensément à ce grand moment de théâtre. Et, inébranlable, Clara s'époumonait, avec la conviction de toute nouvelle audace, à clamer ses profonds sentiments, plongée dans la béatitude de son extase. Face à ces déroutants aveux, son « Roméo » se retrouva quelque peu déstabilisé. Quant au comédien metteur en scène, avec la grande sensibilité et le don inné de tous les vrais artistes, il réalisa, des premiers, l'inimaginable situation. Aussitôt, en l'appelant brutalement par son prénom, il essaya de la ramener sur terre, à la raison :

- « Clara ! »

- « Oui ! Mon amour ! Je t'aime ! A la folie ! Je t'adore ! Je suis à toi ! Prends-moi ! Maintenant ! Déjà je tombe en pâmoison ! »

A n'en pas douter un seul instant, elle était, durablement, ailleurs, dans son monde ! Alors, sans hésitation pour éviter par anticipation une fin redoutable, avec l'autorité des grandes occasions, le metteur en scène ordonna :

- « Rideau, s'il vous plaît ! ».

Immédiatement,  les deux rideaux rouges glissèrent sans beaucoup de bruit l'un vers l'autre... Au moment où les extrémités centrales se rejoignaient, ce comédien passa juste sa tête à travers un tout petit trou et,  pour toute salutation, interpella, plein d'émotion, les spectateurs :

- « Qui, dorénavant, ne croira pas à l'Amour ? ».

Un énorme tonnerre d'applaudissements résonna... longuement... jusqu'à en ébranler les murs de la salle de fêtes.

Jamais encore cette troupe n'avait obtenu un tel succès ! 

               

                                                                               FIN



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M
la surpris est pour la fin : je te soupçonne d'être un tantinet coquin...Bravo pour le propos original : il fallait y penser.
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