Armistice

Publié le par L. S.

 

 

Poème :  Rappel de l’éphémère (4)

 

 

                                                              

                     Armistice

 

La petite aux yeux noirs, les plus beaux yeux avoir

A des larmes de sang rouillées du désespoir.

Son regard, hâve et sombre, perdu à l’infini

Plongé dans les eaux troubles et noires de la nuit

A la beauté bouleversante de la tristesse.

Au creux de l’abandon où le vent la caresse

Et le soleil la chauffe sans qu’elle ne sente rien

Un festival de bombes rythme son quotidien

Ecorchant de leurs griffes son enfance lynchée

En laissant les empreintes des traumatismes ancrés,

Souvenirs cauchemardesques, acides et brûlants,

D’un monde sans abri, sans pitié, sans parents.

Guerre au cœur poudré de givre, à l’œil vipérin,

Incoercible et pleutre, ta voix de rogomme geint.

Tu incites à la haine et reflètes l’horreur

Masque nauséabond du massacre des cœurs.

Quand la peur phagocyte la joie d’être vivant

Dans un panorama de souvenirs ardents

Déversés, tel un ru débordant de son lit

Allant se perdre dans le marasme de la vie

D’âmes atrabilaires victimes d’un passé,

Le jour absorbé de terreur reste voilé.

La petite aux grands yeux, dans le calme venu

Ressent glisser l’écho d’un fort éclat d’obus

Son corps écorché vif, vertigineux mais libre

Dans un périple fou cherche son équilibre.     

Comment désamorcer fantômes et cauchemars

Et comment affronter ce chaos noir, si noir

Marcher sur les sentiers de la félicité

Où paraît l’arc-en-ciel aux courbes diamantées ?

La belle s’aventure sur des falaises sombres

Elle combat les marées accrochées à son ombre

Résiliente au tragique destin qui lui est fait

Elle conceptualise un espace de paix

Où la vie se façonne de contours voluptueux

Aux essences d’agrumes, aux parfums doucereux

Estompant la douleur tant lobotomisée.

Aux premières lueurs de l’aube défeuillée

Et dans l’intensité de sa peine endeuillée

La tendresse lui ouvre les bras forts d’un après

Où l’on se sent vivant, où l’on se sent entier,

Où l’eau douce et limpide baigne des jours meilleurs

Où son balancement cadence la douceur

D’une raison de vivre au cœur de ces émois

D’un voyage intérieur qui ne mène qu’à soi.

La petite aux yeux noirs penchée sur l’avenir

A des larmes de sang rouillées du souvenir.


 

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Publié dans poétiques

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