Monsieur Ronchon et le paraître
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Monsieur Ronchon marchant sur la lande, se fait interpeller par Julio :
- Ah, Ronchon ! Alors, tu viens courir avec moi ? Ca te fera du bien.
- Courir ? Après quoi ?
- Courir, pour le plaisir de courir, de se défouler, de faire de l’exercice, pour garder la condition physique.
- Le plaisir de galoper ? Très peu pour moi. C’est plutôt de la torture, courir sans but. Tu es tombé sur la tête ou quoi ?
- Bon, comme tu voudras ; moi, ça me fait du bien, au corps et à l’esprit. Mais attends, laisse moi te regarder de plus près, on dirait que tu as grossi !
- Non, tu te trompes, c’est sûrement un effet d’optique ; c’est uniquement le poids des ans, les choses normales…
- Moi, j’ai trouvé la parade : je fais de la « muscu » pour conserver ma silhouette de jeune. Je garde les tablettes de chocolat, les biceps en béton, les cuisses en fer forgé et un moral de vainqueur.
- Moi, je bouquine, je flemmarde, je visionne, je me promène. Tu vois, j’ai pas de problème particulier avec ça. J’en ai marre de tout ce ramdam autour du culte du corps parfait. Les cosmétiques, les alicaments, les crèmes, les boissons énergétiques… Où va-t-on s’arrêter pour être le plus beau, le plus fort et le plus intelligent ? Si c’est pas la maladie de la championnite, je ne m’y connais pas ! Tout le monde ne pourra pas être Zizou ou George Clooney.
- C’est vrai, mais on peut y tendre. C’est un objectif somme toute louable et plutôt positif, non ?
- Je ne crois pas, ça ne m’intéresse pas, je suis Monsieur Ronchon et c’est déjà pas si mal. S’ils veulent vendre ma figurine dans les magasins de jouets pour Noël, pas de problème ! Hi !Hi ! On mettra Monsieur Ronchon à côté de Barbie ou GI Joe.
- Non, mais je rêve… Quel aveuglement ! Quelle prétention !
- Tu ne rêves pas, Julio. En Suède, les acteurs playboys s’affichent avec un petit ventre. Voir le film « Millenium » ou des séries télé. Pourquoi ne s’en inspire-t-on pas en France ? Parce que nous sommes encore en retard sur les pays scandinaves. On avance hélas sur les pas des américains, dans le bling bling.
- Ca, je crois que c’est ton antiaméricanisme primaire qui ressort, Monsieur Ronchon. Il faut évoluer. Toi, tu es en train de rétrograder.
- Pas du tout. Et toutes ces bombes siliconées et botoxées qu’on voit à la télé dans les pubs ou dans les clips, on dirait des pneus rechapés d’Eurotyre ! C’est du faux, du rafistolé. Moi je dis : mensonge, usurpation et trahison, nom de D. ! »
- Julio, insistant : « N’empêche que c’est joli et que ça se laisse regarder. Si ça peut requinquer le moral de certaines, pourquoi pas ? Il faut être tolérant, non ?
- C’est l’intelligence qui compte et ce qu’on a à l’intérieur. En avion, il parait que ça peut éclater avec la pression.
- Mais n’importe quoi, mon pauvre Ronchon, tu crois à toutes ces balivernes ?
- Julio, je pense que tu es inconsciemment un esclave moderne de la société élitiste et individualiste. Tu es prisonnier de ton image devant le miroir.
- Moi, je dis que tu es un Has been, un ringard, un Poupou, toujours derrière les autres. Tu ne peux pas inculquer décemment cette vision à notre jeunesse, qui a besoin de valeurs saines. Tu vas te faire tuer par les parents.
- Dis-donc, le playboy des supérettes, tu vas péter une durite à force de faire de la gonflette. Bon, je continue mon chemin, parce que je sens que la moutarde me monte au nez, avec toutes ces sottises que j’entends.
- Ouai, tu es jaloux, envieux et aigri ; tout ça parce que tu n’as pas les moyens de tenir la cadence, de hausser le niveau. Tout à l’heure, après mon footing, je vais chez Décathlon acheter une nouvelle paire de Nike. Ensuite je file à la pharmacie prendre de l’arnica et du kétum pour les muscles endoloris.
- Voilà, qu’est ce que je te disais Julio, tu es dopé pour tenir le coup ! Ha ! Ha ! Va rejoindre Amstrong et Virenque ! Les femmes doivent s’ennuyer avec toi si tu ne leur parles que de régime, sport, silhouette. Pense à faire la fête et à profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard !