Regards philosophiques (102)
Article précédent : Regards philosophiques (101)
Thème :
« Pourquoi et comment
critiquer ? »
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Débat :
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La critique est une histoire sans fin, la critique appelant toujours la critique, la critique peut être fort critiquable.
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Il y a des gens qui sous le couvert de la franchise critiquent sans ménagement, ils y vont avec leurs gros sabots, sans s‘occuper des dégâts Dans ce domaine de la critique et de la relation à l’autre, rentrent : le respect de l’autre, l’amitié, la pudeur des sentiments qui fait que quelquefois on devrait dire des choses dans l’intérêt de l’autre et qu’on n’ose pas, de peur de blesser. Il y a un terme grec qui évoque cette situation du « dire vrai », du « dire le vrai », c’est la parrhésia ; sujet que développait le philosophe Michel Foucault. Il nous disait en quelque sorte que c’est un devoir de dire à autrui, dire à celui envers qui on ne peut être indifférent, et, pour cela, il faut trouver les mots pour dire. « Il faut que je précise », dit Michel Foucault, « que ce mot parrhésia peut être employé avec deux valeurs. On trouve la valeur péjorative, je crois, pour la première fois chez Aristophane, et ensuite très couramment jusque dans la littérature chrétienne. Employée avec une valeur péjorative, la parrhésia consiste bien à dire tout, en ce sens que l’on dit n’importe quoi (n’importe quoi qui passe dans l’esprit, n’importe quoi pouvant être utile à la cause qu’on défend, n’importe quoi pouvant servir la passion ou l’intérêt qui anime celui qui parle). Le parrèsiaste devient et apparaît alors comme le bavard impénitent, comme celui qui ne sait pas se retenir, ou, en tout cas, comme celui qui est incapable d’indexer son discours à un principe de rationalité et à un principe de vérité. » Une personne, un parent, un ami, peut s’emballer sur une idée, un projet qui la mène à coup sûr vers « un bide total », quelque chose qui peut lui nuire ; et là, critiquer devient un art difficile, et c’est là, la première valeur : dire vrai, dire le vrai, en respectant son être, sa sensibilité profonde et son interlocuteur.
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Si vous émettez des critiques sur les réseaux sociaux, d’abord, ils ne sont pas votre propriété et, de plus, ils sont consultables par quiconque, par votre employeur, par exemple, ou par l’entreprise dans la quelle vous postulez… Il faut être vigilant sur l’utilisation qui peut être faite de votre critique.
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Tout dépend du champ de la critique, champ privé ou champ public. Le critique professionnel qui écrit un article c’est bien pour le publier et là on peut espérer qu’il a l’esprit objectif et critique. Le champ privé par contre n’est pas toujours préservé, comme on le voit avec les nouvelles technologies. Il nous faut mesurer ce risque de la critique privée.
- Dans un tout de table pour répondre à la question :
Faisons-nous confiance aux critiques pour nos choix de spectacles ou de loisirs, de voyages, de restaurants, … ?, les réactions ont été les suivantes :
« Oui, avec une certaine méfiance. »
« Oui, par rapport à certains journaux. »
« Oui, car, dans bien des cas, on a besoin d’un ouvrage, revue, magazine qui donne la liste des spectacles et expositions. »
« Oui, si nous voyageons, on ne peut aller trop à l’aventure. »
« Il y a des guides qui ont des critiques assez objectives. »
« Je me méfie des battages médiatiques, des modes. »
« Il y a chez les metteurs en scène, par exemple, des valeurs sûres. »
« Non, je vais selon mon désir et parfois selon la bande-annonce. »
« Non, je me fie à mes goûts et pas aux critiques et aux avis des autres. »
« Non, je fais plus confiance au bouche à oreille. »
« Moi aussi, j’écoute le bouche à oreille. »
« Non, j’échange avec d’autres, en famille ou avec des amis. »
« Je connais mes salles. »
« Je fais une étude avant de choisir. »
« Non, je vais voir toujours les mêmes types de films. »
« Non, je vais d’abord voir le film avant de lire les critiques. »
« Les critiques peuvent parfois permettre une ouverture à autre chose que ce que l’on aime ».
extraits de restitution d'un débat du café-philo
avec lequel je garde un lien privilégié
en tant qu'un des artisans de sa création.