Regards philosophiques (53)
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philosophiques (52)
Thème : « La communication est-elle possible ? »
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Débat (suite) :
► Communiquer, c’est nécessaire et exigeant, mais ça nous dévoile, ça nous implique, c’est choisir, refuser ou accepter certaines choses. La communication n’est jamais neutre. La communication, avec le temps, a créé un besoin d’information, ce qui a créé les journalistes, lesquels journalistes devraient être neutres. Mais ça n’existe pas la neutralité, ou alors on se ment à soi-même. L’essentiel de la communication est de maintenir la parole entre les humains, sans entendre cette expression horrible, « il faut se mettre au niveau », ce qui laisse entendre que certains ne seraient pas à la hauteur du propos, du débat…
► Le respect et l’acceptation de l’autre avec sa différence sont indispensables à la communication. Le regard, le non-regard aussi. La non-communication, c’est parfois le problème des adolescents avec leurs parents. Quant au jugement que l’on peut ou ne peut pas émettre dans la communication, je pense qu’on peut et qu’on doit parfois donner son jugement. Je pense aux jugements sur des évènements de la dernière guerre : fallait-il se taire ? Il faut que nos propos nous révèlent et nous engagent.
► La communication est parfois devenue une addiction, comme cela arrive avec le portable, où des personnes communiquent pour toute chose. Vous avez sûrement vu des personnes dans les magasins, qui font les rayons en discutant au téléphone avec leur mari ou leur femme pour le choix des produits ; sitôt que ces personnes se retrouvent, parfois elles n’ont plus rien à se dire. Lorsque je prends le métro, je vois un nombre important de personnes qui tapotent sur leur portable, qui envoient et reçoivent des « textos »; on communique sur n’importe quoi, on détaille sa vie, on met sa vie en scène, on expose les menus incidents de sa vie ; faible compensation peut-être d’une vie qui manque de sens. Tout cela fini par donner un contenu très superficiel et, de fait, cela nuit à une véritable communication.
Au passage, j’en profite pour dire que je préfère pour communiquer par messagerie, envoyer des « courriels », plutôt que des « e-mails », des « mails ». Tant qu’à faire, autant communiquer à partir de notre langue française.
► [Témoignage] Pour apprendre un métier, j’ai fait des stages dans de nombreuses entreprises, dans des usines de 200 à 500 personnes, en passant par tous les services et j’ai constaté que les gens ne connaissaient pas le travail des autres dans la même entreprise. Quelques années plus tard, j’ai pu mettre en place en entreprise de la « communication interne ». Les personnes étaient reçues par groupe dans des services où chacun expliquait son travail. J’ai entendu plusieurs participants me dire : Je suis depuis des années dans cette entreprise et je viens seulement de comprendre pour quelle raison on me demandait de faire telle ou telle chose. Cette communication a amélioré et l’ambiance et tout le fonctionnement. Cette communication interne a fait école, même si certains dirigeants ont pensé que c’était de la démagogie. Ce qui nous rappelle les liens de la communication avec la qualité de relation ou avec le pouvoir.
► [Autre témoignage] Assistante sociale à l’hôpital, j’ai pu constater des modèles très différents de communication, d’une part entre les gestionnaires et les personnels : communication qui ne parle que de résultats financiers, ou d’autre part entre les médecins et l’équipe soignante : communication pour parler des malades. J’ai fini par être de celles qui avaient le plus de communication avec les familles.
Par ailleurs, je communique mieux par l’écrit que de vive voix. C’est la lecture et l’écriture qui sont mes moyens de communication préférés. Quand j’écris, j’ai le temps de choisir le mot exact, d’être précise et bien comprise ; les écrits restent. Au téléphone, les mots ne font que passer.
► Dans notre société, on privilégie une communication allant de celui qui sait vers celui qui ne sait pas ; c’est aussi ce qu’on appelle le besoin d’enseigner. Je serais plutôt partisan du droit d’interroger, c’est un modèle chinois : « Enseignez-moi ». Chez nous français, on ne doit jamais avouer qu’on ne sait pas, ce qui restreint la communication.
► Je pense qu’on peut communiquer sans avoir quelque chose d’important à dire. Le rôle de la communication, c’est aussi de mettre en relation, d’établir un lien ; c’est aussi le rôle de la poésie.
(A suivre)
extraits de restitution d'un débat du café-philo
http://cafephilo.over-blog.net/
avec lequel je garde un lien privilégié
en tant qu'un des artisans de sa création.