Regards philosophiques (6)
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« A-t-on encore la capacité de s’étonner ? » (1)
Du latin « extonare », signifiant frappé de la foudre, du tonnerre, l’étonnement fut de nos premières émotions fortes hors de nos schémas de compréhension immédiate. Ce furent d’abord les phénomènes de la nature, les éléments inexplicables. L’homme, dans l’enfance de son humanité, s’étonne de cette puissance, de son agencement, de l’intelligence de la nature. Ce sont alors les questions : Comment ? Pourquoi ? Quelle cause ? Quelle origine ? Là, il y a deux comportements possibles : l’un, qui consiste à se contenter de ce que disent les anciens, la coutume, qui évoquera des forces, des êtres mythiques ou toute autre explication échappant à la rationalité, et qui s’en contente, qui serait celui qui reste dans la « caverne ». Puis un autre comportement, celui du philosophe, soit une recherche plus rationnelle, par la logique d’une cause au-delà de l’apparence sensible : « S’étonner », nous dit Platon, « voilà un sentiment tout à fait philosophique. La philosophie n’a pas d’autre origine ». S’étonner, dit-on, est chez le philosophe « le premier symptôme de l’ignorance » ; c’est le tonus du besoin de comprendre. Le philosophe cherche à expliquer nos étonnements, mais, hélas, bien souvent la recherche finira au rayon de la métaphysique. Alors sont venus les scientifiques, tout aussi prompts à s’étonner et curieux eux aussi, donc amenés à donner des réponses là où il n’y avait que mysticisme, ceci avec le risque de tuer la métaphysique, de réduire par là à peu de chose notre capacité à nous étonner : « La science déconstruit les mythes, les idoles, et désenchante le monde » (Nietzsche). Ce qui peut nous étonner, c’est que nous nous étonnons d’une chose et que ne nous nous étonnons pas d’une autre. Mais l’étonnement n’a peut-être pas que des aspects positifs. S’il découle d’une carence de connaissances, d’une faiblesse de jugement, autrement dit de naïveté primaire qui se rapproche de la stupidité, celui-là même qui est stupéfait (même racine que stupide) devient alors une proie facile. Par manque d’esprit critique, il va gober tous les boniments. Alors les étonnements sont-ils assimilables aux émotions ? Sont-ils des émotions constructives ou des émotions négatives ? Sont-ils des moments spécifiques de la vie, des marqueurs ? Sont-ils capables de générer l’action ? Sont-ils sources de connaissance ? Quel rôle peut jouer la société de l’image sur nos émotions ? Quelle incidence a sur l’aptitude à l’étonnement le fait de tout pouvoir acheter et de tout pouvoir vendre ?
Avec l'aimable autorisation des animateurs,
extraits de restitution d'un débat du café-philo
http://cafephilo.over-blog.net/
avec lequel je garde un lien privilégié
en tant qu'un des artisans de sa création.