Regards philosophiques (65)

Publié le par G-L. P. / J. C.

 

 

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Thème:

« Pourquoi, quand, et comment s’indigner? »

 


 

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Débat (suite) :

   

Être frappé d’indignité entraîne la perte des droits civiques, de représentativité, de charges officielles, l’opprobre de tous, comme les collaborateurs lors de la dernière guerre mondiale.

   

C’est un peu comme une excommunication civile.

   

Avec sa dignité, en ces temps-là, on pouvait perdre aussi ses cheveux !

   

Si on s’indigne, c’est désobéir devant cette logique qui est de se taire devant les décisions prises ; comme aller à la guerre chez les autres, de vendre des armes… Tout peut passer si personne ne s’oppose, ne se lève. S’indigner, c’est s’opposer à ce qui vous semble être une injustice et des faits assez graves. Je pense à ce qui se passe actuellement, à l’école, à l’hôpital, à l’université…

   

Récemment, un groupe auquel j’appartiens a pris officiellement position pour l’intervention de la France en Lybie. Dans ce même groupe de personnes, certaines s‘en sont indignées. Je suis intervenu dans ce débat pour prêcher la modération en avançant que s’indigner et prendre une position catégorique, tranchée, me posait un problème philosophique. Est-ce qu’on doit laisser Kadhafi tirer sur les Libyens qui se révoltent ? Est-ce qu’au nom de la « non-intervention », on doit laisser faire? Doit-on intervenir, alors qu’on n’a pas bronché lors du massacre de Sabra et Chatila, à Zebreniska, lors du massacre des Indiens au Mexique (au Chiapas), lors des exactions, des tueries de Pinochet et des militaires argentins, la liste serait longue… « Droit d’ingérence », « non intervention » semblent être des concepts à dimensions variables ! Il en résulte qu’on peut être dubitatif, être entre l’indignation et l’expectative !

   

Toujours d’actualité, des groupes politiques et écologiques ont manifesté contre l’exploitation du gaz de schiste, exploitation mise en place sans aucune consultation de la population. Cette indignation a été payante ; cela a permis d’obtenir un moratoire. Comme il a été dit : si  personne ne se dresse, ne s’oppose, tout peut passer.

   

Quand est-ce qu’on s’indigne ? Où et pourquoi ? En fonction de tout ce qui vient d’être dit, on a la capacité de s’indigner quand on a la capacité d’avoir un jugement libre. Et c’est ce que fait Platon. Finalement, Socrate a été condamné à mort parce qu’il ne croyait pas aux dieux de la cité, ce qui fut juger indigne et impie. Il croyait au dieu de la raison : ce n’était pas le bon ! Il croyait à la faculté qu’a chacun de raisonner et il a été condamné parce qu’en cela il était considéré comme corrupteur de la jeunesse d’Athènes.
C’est toute l’indignation de Platon, et de la même façon, Kant dans son ouvrage « Qu’est-ce que les Lumières ? » nous dit : « être éclairé, ce n’est pas accumuler des connaissances ; être éclairé, c’est oser penser par soi-même », oser porter un jugement libre.
Dans  des précédentes interventions, on a évoqué ce tournant de civilisation, puisque les peuples de Tunisie, de Libye, d’Egypte, etc., se révoltent. Et puis, en France nous avons de nombreuses manifestations pour le même sujet, à chaque fois des milliers de gens dans la rue, et bien, tout se passe comme si l’indignation ne servait à rien.
Il faut libérer cette oppression qu’est l’indignation, parce que si on la garde trop longtemps en soi, ça provoque du mauvais.  Mieux vaut s’exprimer, pouvoir en discuter avec les autres, connaître leur opinion pour se libérer par la parole de cette tension. Certaines personnes sont toujours furibondes, en colère, parce qu’elles ne peuvent extérioriser, et cela va au-delà de l’indignation face à la politique.

   

Nous sommes nombreux à avoir lu ce petit opuscule de Stéphane Hessel, « Indignez-vous!« . C’est toujours une curiosité de voir les médias d’aujourd’hui faire la promotion d’un ouvrage qui dénonce le système qu’ils promeuvent. Quand tout le monde chante la même chanson, le questionnement philosophique amène à y regarder de plus près. Cet ouvrage, qu’on peut saluer, est en fait un petit libelle de tout ce qui est dénoncé depuis des années.

Alors, hors la courageuse position à l’égard du problème  palestinien,  pourquoi tout ce battage pour ces quelques pages ? Et voilà que sur France Inter, le 3 janvier 2011 à 8 h 20, j’entends la voix de ce sympathique  Monsieur Hessel, et, sans qu’on le pousse beaucoup, il nous annonce qu’il est prêt aux prochaines élections à voter pour le patron du FMI.
Est-ce là vraiment la rupture dont il parle dans son ouvrage ? On peut se demander s’il n’y a pas là comme une  posture, sans plus.

J’étais prêt à m’indigner avec lui, maintenant je suis simplement désolé. Néanmoins, je rends hommage à Monsieur Stéphane Hessel, à la personne morale, et à tous ses engagements antérieurs.

Ce même jour, une amie (Geneviève D.) m’adresse un message : «  J’’ai lu le livre de Hessel,  c’est beaucoup de bruit pour rien ! Il a 93 ans, c’est sa pub ; selon lui, c’est la Résistance qui a tout fait. Il oublie les luttes du 19ème siècle, celles du début du 20ème, et même toute l’Histoire ; il n’y a que la Résistance, parce qu’il y était. Mon père aussi, et nous dans un sens ; je me demande encore comment on a pu échapper au drame… »
Une autre amie(Anne-Marie T.) modère ma position : « Malgré les critiques que l’on peut faire de cet ouvrage, il faut lui reconnaître le mérite d’avoir suscité l’attention des médias et des personnes qui ne sont pas des militants politiques avec une longue expérience, qui ne sont pas dans le débat philosophique, ceux-là vont découvrir ce qu’eux ne savaient pas.»

 


  

(A suivre)

 

Avec l'aimable autorisation des animateurs, 

extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

avec lequel je garde un lien privilégié

en tant qu'un des artisans de sa création.


 

 

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Publié dans culturels

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