Regards philosophiques (72)
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Thème :
« Peut-on dire,
quand on veut on peut ?»
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Débat (suite) :
►► Quand
j’étais môme, ma mère me reprochait de ne pas vouloir ; elle me disait : « Quand on veut, on peut ». Comment faire une chose sans en avoir envie ? Il n’y a pas
volonté ou absence de volonté ; il y a alors volonté qui s’apparente au forçage de l’envie, une obligation de soi contre soi. Le pouvoir de se forcer à …
Le mot volonté me gêne, je l’associe à une injonction du « surmoi ». C’est un ordre qui vous contraint pour je ne sais quoi : faire plaisir à l’autre, à la mère, au chef, à la
société. Je préfère, le désir, l’envie…
► ►Cette expression, « Quand on veut, on peut », a été inventée pour forcer les gens à faire quelque chose. C’est : si tu ne peux pas, c’est que tu es un incapable ! Et avec ça, on mène des peuples…
► ►Quand j’étais gamine, ma mère (très catholique) me disait : « Ce que femme veut, Dieu le veut ! » ; j’aurais bien voulu être, grande, mince, et blonde !…
► ►La volonté est au cœur du monde de la recherche. Quel chercheur n’a pas voulu mettre au point un vaccin ? Guérir telle ou telle maladie ? Mais il y a une notion d’outil, de pouvoir. Une équipe a beau vouloir, mettre toute sa hargne, il y a la nature. Et souvent on met en œuvre une volonté sans connaître quelle finalité.
► ►Je n’ai pas de volonté, je fais les choses, contrainte et forcée. Je dépose ma déclaration d’impôts le dernier jour, à la dernière heure.
► ►La volonté engage notre responsabilité toute entière. Certains auteurs voient dans la
volonté un prolongement et parfois une confirmation de la vie affective dans le sens où il faut faire des choix. Par exemple : « Il faut boire, dit la fête ! Voici les buvables,
dit la sensation à l’intelligence, et aussitôt on boit ». Pour ces auteurs, la volonté ne serait pas autre chose qu’une tendance affective véritable et propre.
Une des caractéristiques de l’activité volontaire chez Spinoza, c’est l’importance des éléments représentatifs. Il identifie sans réserve la volonté et l’entendement, la volonté n’étant, selon
lui, que la force inhérente aux idées. Par contre, le psychologue Théodule Ribot fait remarquer dans « Les maladies de la mémoire » (1881) que l’analyse de la décision volontaire
est du jugement et que le choix volontaire n’est rien de plus qu’une affirmation pratique, un jugement qui s’exécute. La plupart des psychologues classiques pensent que la volonté est une
puissance à part parmi d’autres fonctions de l’esprit, agissant tout d’un bloc.
L’individu ne vivant pas seul, il a donc des facteurs sociaux de la volonté. Au dessus de l’individu, il y a la société, et c’est d’elle qu’émanent les forces de l’être, de se constituer, de
choisir.
► ►.Je ne pense pas que la volonté collective ne soit que l’addition des volontés individuelles. A partir du moment où il y a un collectif, il y a quelque chose de totalement différent. La preuve est notre débat de ce soir : tout ce qu’on a dit permet de faire avancer la réflexion, et d’une réflexion collective, d’une volonté collective va sortir quelque chose de complètement différents des volontés additionnées, des volontés individuelles.
► ►Pour ce qui est du lien entre le désir, le vouloir et le pouvoir, finalement, quand on regarde d’un peu près les citations sur ce sujet, ce qui est souligné, c’est que « Quand on veut», peut-être qu’on peut. Mais enfin, comme on ne le sait pas dès le départ, alors il faut essayer.
C’est-à-dire, que parfois, on veut, mais il y a quelque chose qui nous dit qu’on ne va pas y arriver, et on n’essaie pas. Paolo Coelho écrit : « La seule chose qui puisse empêcher un rêve d’aboutir, c’est la peur d’échouer. »
► ► La mise en œuvre de la volonté n’assure pas la réussite, avons-nous souligné, et c’est ce que nous explique Cicéron aveC la métaphore du tireur à l’arc. Je suis l’homme qui actionne l’arc, je suis sa force physique, l’énergie mise en œuvre. Mon attention, la réflexion, la visée sont des moyens intellectuels de l’appréciation des moyens pour atteindre la cible, la cible représente l’objectif à atteindre, la représentation de l’objet de ma volonté.
Des individus ont des qualités intellectuelles supérieures et par paresse ils ne s’en servent pas, ou ne veulent pas prendre de risques : « Tu es invincible, si tu n’engages jamais aucun combat où il ne dépende pas absolument de toi de vaincre » (Epictète. Pensées et entretiens). A ceux-là, il restera la possibilité de dire : « Si j’avais voulu, j’aurais pu ».
D’autres individus avec des possibilités moindres vont obtenir de meilleurs résultats, cela par pugnacité, par courage, ambition, confiance et souvent beaucoup de travail.
Cette manière de prendre en compte les efforts d’un individu tout autant que la réussite de ses projets est philosophiquement intéressante ; elle est de nature à mettre en paix avec soi, car, à part peut-être quelques-uns parmi nous, nous avons eu beaucoup d’échecs.
Le tireur à l’arc (de Cicéron) peut manquer la mouche, c’est qui se passe le plus souvent, mais il ressort digne, car il a mis les moyens en œuvre. S’il se rencontre (oserais-je dire), il n’aura pas à changer de trottoir.
► ►Dans pouvoir et vouloir il y a des interférences, et même si le vouloir est fort, il faut « le savoir » (le savoir-faire, la compétence, les connaissances). En effet, « Je veux, je peux », c’est insuffisant et incomplet, si je n’ai pas le savoir. Il faut aussi rajouter l’action : je me lance, j’agis, j’entreprends et j’arrive à. Le résultat, peut être bon ou mauvais, mais je me mobilise et je vais jusqu’au but fixé. « Veni, vidi, vici » (Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu), a formulé Jules César.
► ►Je ne suis pas d’accord avec la formule « Nous sommes les choix que nous avons faits » (existentialisme). Quelquefois, on nous a imposé ces choix ; on aurait bien voulu, mais les autres, la vie, en ont décidé autrement.
► ►Cette philosophie existentialiste n’est possible que dans le cadre d’un libre exercice de sa liberté.
► ► « Quand on veut, on peut », peut-être que ce sont là des paroles de nantis. Il y a bien des pays où tant de choses ne sont pas possibles. Il faut avoir la chance de vivre dans un pays, une société, où l’on peut vouloir.
extraits de restitution d'un débat du café-philo
avec lequel je garde un lien privilégié
en tant qu'un des artisans de sa création.