Regards philosophiques (76)

Publié le par G-L. P. / J. C.

 

 

Article précédent :  Regards philosophiques (75)

 


Thème :

« Voir,

est-ce apprendre autrement ?» 

  

1

 

Introduction par Guy P. :

 

«

 La beauté est dans les yeux de celui qui regarde »,dit Oscar Wilde, mais, nous dit Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Donner à voir : peut-on donner quelque chose sans déposséder les autres ? « Voir », nous dit Paul Eluard, « c’est comprendre, juger, transformer, imaginer, oublier et s’oublier, être ou disparaître ».

 

Alors, bien sûr, entre voir, avoir vu, entrevoir, découvrir, passer du doute à la lumière, il y a quelque chose d’important, c’est autrui. C’est une adresse à soi, comme à autrui. « Autrui », nous dit Gilles Deleuze, « n'est ni un sujet qui me perçoit, ni un objet dans le champ de ma perception, mais une structure du champ perceptif sans laquelle le monde objectif, fondé sur la multiplicité des points de vue possibles, ne pourrait pas s'organiser.» Et Michel Tournier nous disait : « Grand Dieu, quelqu’un », « Contre l'illusion d'optique, le mirage, l'hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l'audition... le rempart le plus sûr, c'est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu'un… » ; ou encore, Pierre Reverdy : « On ne peut plus dormir tranquille, quand on a une fois ouvert les yeux ».

 

Les poètes aussi sont particulièrement touchés par la vision. Les poètes doivent être la grande étude du philosophe qui veut connaître l’homme. Et si on veut connaître l’homme, il faut s’interroger sur ce qu’il entend, ce qu’il apprend, et ce qu’il voit. Mais que voit-il ? Paul Valéry qui s’interrogeait sur le sens, disait : « Tant qu’il y aura des hommes qui sentiront, il s’en trouvera parmi eux  qui ne pourront pas se refuser un tel amour ; c'est-à-dire accorder à l’artiste la confiance qu’il demande en échange de l’amour qu’il donne dans chacune de ses œuvres. Qu’y a-t-il de plus admirable que le passage de l’arbitraire au nécessaire qui est l’axe souverain de l’artiste, où quelqu’un a un besoin qui peut être aussi fort et préoccupant que le besoin de faire l’amour le pousse. Rien de plus que l’extrême volonté, l’extrême sensibilité, la science, la véritable, celle que nous avons faite pour nous…Elle crée  le goût de vivre, le temps d’apercevoir, et aussi la joie d’aimer sans mesure »

 

« L’œil de la pensée ne commence à avoir un regard plus pénétrant, hélas, que lorsque la vision des yeux commence à perdre de son acuité. » (Platon). En comprenant que si rien ne dure pour toujours, finalement apprendre à voir, c’est nous aider à voir ce qu’il y a d’éternel dans ce que nous vivons, et nous permet d’entendre au-dessus du bruit de l’époque, avec ses « tout se vaut, et « chacun ses valeurs ». Toute valeur vise l’éternel. La philosophie ne donne rien, ce n’est pas un cadeau, elle ne se donne pas à un dîner du 25 décembre. La philosophie ne donne pas d’abord du sens, elle donne d’abord du sens critique. Et ce qu’on ne doit pas publier, si l’on veut voir et apprendre, c’est que le propre de l’homme, c’est sa perfectibilité.

 

 


 

 

(A SUIVRE)

 

 

Avec l'aimable autorisation des animateurs, 

extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

avec lequel je garde un lien privilégié

en tant qu'un des artisans de sa création.


 

 

Publicité

Publié dans culturels

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article