Témoignages (22)

Publié le par L. S.

 

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Mes horizons étaient teintés de mauve

 

(Suite - 6)

                                        Laurence S.

 

 

Seule, la nature me donnait l’illusion de paix par cette sérénité qui apaise les tensions et les peurs. Nous partions par les chemins de campagne dans ces petits villages pentus des Pyrénées où serpente le lit des rivières. La route qui traverse la vallée de Casteloubon,  faisait danser nos bicyclettes et lorsqu’apparaissait la cascade de Cheust, c’était un soulagement. Niché dans son écrin de verdure, le village natal de maman était un enchantement. Par la placidité de ce lieu, apaisant mon cœur fustigé, mes angoisses s’estompaient. C’était mon lieu de prédilection. Grand-père Octavien nous remplissait les sacoches de victuailles rares et tant appréciées en ces temps difficiles de restriction. Il y avait des topinambours, du rutabaga, de la graisse, des confitures, de la charcuterie, et même quelquefois des œufs. Certains paysans vendaient leur marchandise en faisant ce qu’on appelait « du marché noir ». Quelques malhonnêtes profitaient de la situation en faisant monter les prix. A cause de cela, il était interdit de transporter de la mangeaille, sous peine d’une amande ou de réquisition des produits. Nous avons toujours eu de la chance de ne pas croiser les gendarmes. Après la guerre, ce berceau de famille nous invitait pour la fête du village, une fois l’an. Il y avait bal dans la grange chez ma cousine Henriette qui tenait un café dans sa maison, là-haut derrière le moulin du village. Il y avait beaucoup de jeunes de Cheust et alentours. Ils venaient pour faire danser les filles du coin au son des flonflons de l’accordéon. Il y avait beaucoup d’ambiance et quelquefois des coups de poing vite calmés par les anciens. Avant la guerre, il arrivait que papa aille rejoindre les copains au café, et lorsque le « rouquin » leur avait un peu tourné la tête, ils reprenaient en chœur ou quelquefois en duo des airs du pays ou les chansons de l’époque. Lorsqu’il se faisait tard, ils rentraient par les rues en chantant encore à tue-tête. Tout cela rentrait dans la conformité des traditions transmises par les générations passées et ne choquait personne. Dans la bande, parmi mes copains, il y avait Jeannot qui me chantait l’andante et Hervé qui m’avait déclaré sa flamme à plusieurs reprises. Mais mon cœur n’était plus ouvert et je ne savais comment aimer de nouveau. Aucun n’avait l’art de m’attendrir. Nous restâmes cependant de bons amis pour toujours. Une fois, lors d’une virée à Lahitte, nous avions profité de l’absence de l’oncle Bernatou, pour goûter un peu de vin de messe. A son retour, bien évidemment, il s’en était vite rendu compte, et nous avait sévèrement sermonnés. Pour un curé, le sermon, c’était la moindre des choses ! Le piano apaisait nos tourments et j’en jouais très souvent au grand plaisir de mon père qui aimait chanter. Quand il entonnait « Les roses blanches » de Berthe Silva, il réveillait la mélancolie. C’était si émouvant que Jeannette en pleurait. Beaucoup de nos résidents restaient là, à écouter les chansons à la mode, celles de Luis Mariano, Tino Rossi, Rina Ketty, ainsi que mes airs préférés comme «  Le beau Danube bleu », « La prière d’une vierge », « C’est l’amour » ou bien encore « La marche des forgerons » que les chanteurs de la chorale lourdaise  savaient sublimement chanter. La poésie était aussi un de mes passe-temps favori. J’exprimais mes émotions, évacuant mes peines, mes angoisses et tout ce que je ne savais ou ne pouvais dire, venait se nicher là au creux de mes poèmes. La musique des mots me berçait et les rimes en rythmaient la cadence.


Alors, de ces petits bonheurs qui illuminent les contours de nos pensées oniriques, on voyait naître la promesse de jours meilleurs. Une vie réinventée sans dissonances où le tango serait ressuscité.  

 

        

(A suivre)

 


 


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