Regards philosophiques (172)
Thème :
« De l’envie et de la jalousie »
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Débat :
► J’attends beaucoup du débat parce que la question « La jalousie et l’envie sont-elles des démons qui sont en chacun de nous ? » m’interpelle. La question « Pouvons-nous les canaliser, dominer ces démons, les maîtriser, pour que l’envie et la jalousie nous servent sans nuire aux autres ? » implique qu’envie et jalousie sont toutes deux des « passions tristes », selon l’expression de Spinoza, c’est à dire des passions qui affaiblissent l’individu. Le problème est alors pour moi : peuvent-elles devenir, à l’opposé, des « passions joyeuses », qui augmentent l’énergie vitale, le « conatus » (terme spinoziste qui, littéralement, signifie : l’effort pour persévérer dans l’être).
Tristes ou joyeuses, ce sont des passions et ce terme français est issu du verbe latin « patior », qui signifie : subir, souffrir, d’où vient le terme « patient », dans le domaine médical : celui qui subit la maladie, celui qui souffre.
La passion est un état d’âme hétéronome. Retenons l’exclamation de Phèdre de Racine [acte I, scène 3] : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; ». La passion est un état d’âme hétéronome parce que, comme l’écrit Descartes, c’est un mouvement de l’âme qui résulte en elle d’une action du corps qu’elle subit et ressent. De là, son caractère passif. Elle n’est pas inaction (et l’expérience le confirme), mais elle est une action du corps (rougeur, palpitations; tremblements, transpirations) qu’elle subit.
C’est pourquoi la passion, c’est ce qui, en moi, est plus fort que moi.
André Comte-Sponville, dans son Dictionnaire, dit qu’on ne décide pas d’aimer à la folie, ni de ne plus aimer, ni d’être avare ou ambitieux ; j’ajoute : ni d’être jaloux ou envieux.
Mais si toute passion est, comme on vient de le dire, hétéronome, elle n’en est pas, pour cela, toujours mauvaise. C’est leur démesure qui est mauvaise. C’est encore Descartes qui nous invite à penser ainsi dans Les passions de l’âme, où il juge qu’elles sont toutes bonnes par nature « et que nous n’avons rien à éviter que leurs mauvais usages et leurs excès, parce que c’est d’elles seules que dépend tout le bien et le mal de cette vie. » Mais il faut les contrôler, autant que faire se peut, les maitriser quand il le faut, les utiliser quand c’est possible, et c’est à quoi se reconnaît l’homme d’action.
Deux siècles plus tard, Hegel aura cette formule que je trouve très juste : « rien de grand ne se fait sans passion ». En ce sens, aujourd’hui, il me semble que la morosité générale, le désintérêt pour les affaires politiques viennent de ce qu’il n’y a pas, au niveau de ceux qui nous gouvernent, de passion pour orienter notre histoire en vue de l’intérêt général, pour les biens communs, bref pour ce qui permet aux femmes et aux hommes de ce pays de bien vivre ensemble. Dans les discussions politiciennes entre partis, pour les listes à présenter, au niveau municipal comme au niveau national, il n’y a qu’envie de sièges et jalousie par rapport aux postes : passions individuelles et tristes et non pas passion pour des Idées ou des Idéaux.
► Des envies, j’en ai plein (je dois être en état de péché permanent !), mais de la jalousie, non ! Il peut y avoir dans une certaine forme d’envie, une part animale, sexuelle. Quant à la jalousie, elle est parfois différemment appréhendée suivant les couples ; parfois, il y a plus de tolérance, voire des accords tacites qui reculent le seuil de la jalousie ; dans d’autres cas, il ne saurait y avoir le moindre doute d’infidélité. Je trouve la jalousie absurde ; par contre, l’envie peut être stimulante : on peut avoir envie d’améliorer la vie en société, envie d’apprendre, de connaître, de voir, de découvrir…
► L’envie, cela doit un vrai moteur, puisque le développement se fait par mimétisme ; c’est le désir pour évoluer. Mais l’excès d’envie peut être destructeur, si on devient trop envieux. C’est le principe du péché capital ; il est le risque d’entraîner d’autres péchés, d’entraîner dans des passions destructrices.
Dans la Bible, l’envie est un des péchés capitaux et l’on y trouve aussi, par exemple : « Moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux » ; donc, Dieu est jaloux parce qu’il considère que l’homme ne doit pas adorer des idoles, ni pratiquer un autre culte.
Si une femme est mariée et que son mari va « fricoter » ailleurs, alors, sa jalousie est légitime ; en fait, la jalousie, c’est la peur de perdre quelque chose qui nous appartient ; mais quand quelqu’un devient jaloux à l’excès, cela marque un manque de confiance ; cela peut même inciter à tromper pour de bon.
(A SUIVRE)
Extraits de restitution d'un débat du café-philo
Avec nos remerciements.