L'odyssée folle
L'air chuchote dans les voiles du vaisseau, les vagues ont un rythme syncopé et fabriquent une musique régénérante.
-« Té peuchère ! » fait l'un des mousses, composant l'équipage de la frégate.
-« Qu'y a t il ? » demande le Capitaine, aux longues bacchantes.
La chaloupe se met à tanguer, et j'entends des voix, au milieu de ce vent qui nous encercle.
-« Ben ma foi ! Je comprends pourquoi ta mère t'a appelé Ulysse maintenant. Arrête la boisson et tiens-toi au bastingage, hurluberlu ! Arrête tes fariboles et réfléchis un peu ! »
L'homme, montré du doigt, s'en retourne à l'arrière du bateau, comprenant que sa présence n'est pas de mise sur le pont. Ulysse, à cet instant-là, est devenu Polyphème, le Cyclope, et il ne faut pas mettre les dieux en colère, surtout sur un voilier.
Maintenant, le Supérieur hèle les costauds, pour descendre la grand voile, car la brise a pris subitement de la puissance.
Ils arrivent aussitôt et se mettent à l'ouvrage, tous muscles dehors. Quelques tatouages sont mis en valeur : « Haddock » pose sa pipe, « Fleur d'oranger » ronchonne et « Farandole » manque de se heurter sévèrement à la proue du navire.
Ulysse n'est pas convié à cet exercice, il le sait bien.
Son tour viendra plus tard, quand Eole se sera calmé.