Les Pipelettes (29)
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COMMERAGES (29)
Claudine : Ah Arlette, tu te rappelles du Pierrot, Pierrounet qu’on l’appelait ?
Arlette : Je ne vois pas de quel Pierrot tu me parles.
Claudine : Mais si celui qu’était marié à la Margo, celle qui vendait des poulets au marché.
Arlette : Ah oui, la Margo, la sœur au Frédo qui travaillait comme palefrenier à la ville de Lourdes.
Claudine : On dit plus Palefrenier, mais employé de la voirie maintenant. Tu vois de qui je veux parler : celui qu’avait épousé la Monique en deuxième noce.
Arlette : Ah oui, je me souviens surtout de sa première femme la Rose. Celle-là c’était une sacrée rigolote.
Claudine : Enfin elle a surtout rigolé après son divorce, parce que du temps de son mariage avec le Frédo, elle n’a connu que des épines.
Arlette : Comme quoi y a des prénoms qui te prédestinent.
Claudine : Tout ça pour te dire que le Pierrot il parait qu’il est mort subitement hier.
Arlette : Subitement, t’es sûr ? Parce que j’ai cru comprendre qu’il y avait un moment qu’il buvait sec. Enfin sec, façon de parler parce qu’il était plutôt imbibé.
Claudine : Oui, comme une éponge. Mais sans être médisante, si sa mère l’Hortense elle avait été plus sobre, vu qu’elle carburait au Madiran, elle aurait évité de l’allaiter.
Arlette : Ah ! T’es sûre ? Parce qu’à moi on m’avait dit que ça venait de son père, enfin son père sur l’état civil, car l’Hortense elle n’aimait pas que le Madiran. Il parait qu’elle était friande d’autre chose.
Claudine : Oui même que son père le Justin, qu’était garde barrière, il disait qu il n’y avait que le rapide Nice-Irun qui n’était pas passé dessus. Et en trafic, son père, il s’y connaissait, il a fini à la Centrale de Fresnes.
Arlette : Mais son frère au Pierrot le Bertrand, enfin son demi-frère pour tout dire, celui que sa mère avait eu avec son dernier mari le Gaston, il paraîtrait qu’il a bien réussi. On m’a même dit qu’il était cadre maintenant.
Claudine : Oui, c’est sûr qu’il a eu du courage pour y arriver, surtout que sa famille maternelle n’avait jamais pu l’encadrer. Enfin, c’est grâce à lui si on va pouvoir l’enterrer auprès de ses parents au Pierrot, car il avait tout bouffé son pognon de l’héritage entre les troquets et les casinos.
Arlette : Enfin, dans tout ça ce qu’est rassurant pour le Pierrot c’est qu’il a fini comme il a vécu : entre deux bières.