Regards philosophiques (35)
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Thème : « L'espérance, folle idée ou consolation ? »
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/ Dans la Critique de la raison pure, Kant nous parle de « la colombe qui vole vers les cieux », laquelle vole toujours plus vite, toujours plus haut, pensant que lorsqu’elle aura atteint le vide, hors de l’atmosphère, il n’y aura plus de limite à la vitesse de son vol (espérance folle). Mais dans l’air, sans sa densité, la colombe ne vole pas. Et c’est ça qu’il veut nous dire Kant ; si l’espoir et l’espérance sont porteurs, s’ils peuvent exister, constituer un idéal, un but, cela ne peut supprimer la réalité présente ! Donc, Kant nous rappelle que nous ne devons nous méfier de l’espoir et des sentiers aventureux de l’espérance qui nous entraînent dans des constructions oniriques, irréalistes, dans le rêve éveillé. C’est ennuyeux à dire, mais la réalité a des semelles de plomb ! C'est-à-dire qu’à trop s’écarter de ce que vivons, de ce qui est, nous pouvons oublier de vivre le jour « ici et maintenant » ; nous pouvons donner crédit à des projets, des idéologies dont on ne connait pas les aboutissements. « Quand un espoir ment, il en tue cent » ! On risque, c’est encore Kant qui parle, d’être « intoxiqué d’avenir par abus de l’espoir ». « Il n’y a pas d’espoir sans crainte, ni de crainte sans espoir » «… et il faut nous libérer de la dépendance de l’espoir ». Donc, revenant à la question initiale, pouvons-nous dire que dire l’espoir et l’espérance sont rationnels. Ou alors, que nous ne sommes que dans un désir, une espérance, un « vivre à crédit », « le cadeau Bonux », faible compensation de la réalité. Nous avons tellement besoin de croire que nous guettons, que nous interprétons et nous accrochons au moindre signe, à tout ce qui pourrait être promesse « Et l’espoir malgré moi s’est glissé dans mon cœur », avoue Phèdre (acte III) ; cette espérance n’est alors que suggestion et volonté du « croire » ; c’est nourrir des espoirs et nourrir des chimères. Enfin, sans être aussi pessimiste que les Stoïciens qui nous disent que l’on cesse de craindre, si l’on cesse d’espérer, je dirai que l’espoir et son attente, « l’espérance », ne sont pas porteurs ; ils ne seront, ils n’existeront que par notre volonté ; nous sommes les seuls porteurs. Si, comme l’a dit Sartre, « l’homme est un projet », c’est nous qui, en premier lieu, portons ce projet : « L’avenir ce n’est pas ce qui va arriver, c’est ce que nous allons faire » (Gaston Bachelard).
/ L'espoir, c’est davantage quand on est jeune. Il y a eu de l’espoir en 1968 et aujourd’hui la société peut apparaître comme désespérée pour les jeunes. Beaucoup de choses ont été faites par nos parents, par nous et la société actuelle semble n’avoir rien appris.
/ On a évoqué le rêve et l’espérance. Rêver de quelque chose qu’on désire peut s’assimiler à l’espérance : « Il faut vivre la vie qu’on a imaginé[…] Il faut aller voir dans la direction de ses rêves…, prends tes désirs pour la réalité, fais de telle sorte que tes rêves puissent être déterminants, ne renonce pas à tes rêves…, si vous avez bâti des châteaux en l’air, votre travail ne sera pas forcement perdu, c’est bien là qu’ils doivent être, maintenant il n’y a plus qu’à placer les fondations dessous… » (Henri David Thoreau. 1850). Ce philosophe nous dit par là que nos choix de vie doivent comporter une part d’idéal, d’utopie même ; c’est l’objectif à partir duquel on va mettre en œuvre les moyens pour y parvenir. C’est dépasser le réel pour créer son projet de vie.
/ L’espérance n’est pas du domaine du rêve, mais elle utilise la fonction de l’imaginaire, qui est à la base des capacités créatrices. Le rêve endormi ou éveillé est une émergence de l’inconscient ; l’espérance peut-être extrêmement consciente et dégagée des illusions et des rêves. L’espérance n’exclut pas le travail à faire pour arriver à sa réalisation.
/ Lorsqu’en dépit de la désespérance un groupe se met en action, quand l’espoir se globalise, vient l’espérance. Aujourd’hui, le débat de société marquant, c’est l’espérance de vie. La plupart des personnes vivent plus longtemps que leurs parents et leurs grands-parents ; c’est donc une réalité. Pourquoi, sur une quantité d’années, met-on ce mot « espérance » ? Camus nous disait « Que la vie est d’abord une affaire de quantité. […], là où la lucidité règne, le seuil des valeurs devient inutile ». Quand on aborde l’espérance, on aborde également le désir et ses limites, et le propre du désir c’est d’être illimité. Il est intéressant de voir comment les écrivains ont traité ce sujet de l’espérance de vie : « Il est inconvenant, il est immoral et vil de vivre au-delà de la quarantaine » (Dostoïevski). « Un homme au fond, passé trente ans, un homme n’est plus guère en vie, le mieux serait de le tuer à temps » (Goethe). « L’utilité du vivre n’est pas dans l’espace, elle est qu’en l’usage ;, tel a vécu longtemps qui a peu vécu » (Montaigne. Essais. Tome 2)
(A suivre)
extraits de restitution d'un débat du café-philo
http://cafephilo.over-blog.net/
avec lequel je garde un lien privilégié
en tant qu'un des artisans de sa création.