Regards philosophiques (63)
Article précédent : Regards philosophiques (62)
Thème:
« Pourquoi, quand, et comment s’indigner? »
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(Présentation du thème - suite)
4) Comment s’indigner ?
En fait, le problème ne vient pas tant de l’indignation en elle-même mais plutôt de ce qu’on fait de cette indignation.
Face à un sentiment d’indignation, plusieurs comportements sont effectivement possibles.
On peut :
- Ruminer sa colère et éventuellement la retourner contre soi.
- L’externaliser, en conduisant une vengeance qui peut conduire à une injustice encore plus grande que celle de celui qui l’a produite.
- Partager sa colère ou son indignation.
- Tenter de mettre fin à l’injustice qui a produit cette indignation.
En effet si on se réfère aux prolongements de ce que l’on a développé plus haut, on se rend compte que :
- L’indignation ne se suffit pas à elle-même.
- Ce qui compte, c’est ce qu’on fait de cette indignation.
Dans l’ABC de l’Ennéagramme on peut lire : « Quand ils contrôlent leur passion », certains acceptent les choses comme elles sont : « je continue de percevoir l’imperfection des choses, mais ce qui m’aurait mis en colère autrefois est maintenant source de créativité. Il m’est possible de créer une distance, de canaliser l’énergie engendrée par la colère, et de la mettre au service de mes autres qualités ».
Ils sont dans la sérénité. Le justice reste leur principale valeur, mais à un niveau différent…
Au lieu d’être perpétuellement dans la colère, on peut changer de niveau en acceptant les choses qui ne peuvent être changées, en s’employant à changer celles qui peuvent l’être, et surtout en
devenant capable de faire la différence entre les deux..
Enfin, l’indignation est par essence un sentiment lié à la relation à autrui. En effet, on s’indigne de quelque chose qui est produit par une volonté consciente et extérieure. Lorsqu’on
s’indigne, s’est toujours contre quelque chose ou quelqu’un, généralement contre un état de fait que l’on considère comme « injustice » ; nous sommes tous à un moment ou un autre
des « Caliméro » : « C’est vraiment trop injuste ! ». Ce qui importe, c’est ce qu’on fait de son indignation.
On peut rester au niveau de la « rumination » ; on en a de nombreux exemples : l’abstention, le vote pour le Front national, le refus de s’engager, etc.
On peut aussi répondre à l’injustice par l’injustice, la vengeance, le terrorisme, etc.
Ces deux réactions ne sont pas efficaces pour lutter contre l’injustice.
En fin de compte, si on posait la question de pourquoi s’indigner, ce pourrait être pour supprimer l’indignation !
L’indignation où et quand, c’est n’importe où et n’importe quand, puisque c’est un sentiment provoqué de l’extérieur ; ces paramètres ne sont donc pas maîtrisables. Ce qui est maîtrisable, c’est le comment. Et l’on peut alors revenir à notre point de départ : « Indignez-vous ! » En effet, page 18, on peut lire : « L’exaspération est un déni de l’espoir. Elle est compréhensible, je dirais presque qu’elle est naturelle, mais pour autant elle n’est pas acceptable. Parce qu’elle ne permet pas d’obtenir les résultats que peut éventuellement produire l’espérance. »
5) En guise de conclusion de la présentation
L’indignation, donc, pour être efficace, se doit d’être partagée. Les grandes indignations de l’histoire ont été collectives et c’est parce qu’elles ont été partagées par un grand nombre
qu’elles ont pu faire reculer l’injustice qui était visée.
Jean-François Mattéi, en 2005, a écrit un ouvrage intitulé, à la manière des traités de morale antique : « De l’indignation », où il passe en revue les différents types
d’indignation, en commençant bien sûr par l’indignation de Platon devant le procès de Socrate. L’auteur égratigne au passage certaines « postures » d’indignation,
« lorsque l’indignation est une théâtralisation de sentiments généreux qui nous dispense de la culpabilité ».
Enfin, si l’indignation est une énergie, elle est aussi comme le vent : apprivoisée dans une éolienne, elle produit de l’électricité, mais elle peut se transformer en ouragan.
(A suivre)
extraits de restitution d'un débat du café-philo
avec lequel je garde un lien privilégié
en tant qu'un des artisans de sa création.