Témoignages (25)

Publié le par L. S.

 

 

 

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Mes horizons étaient teintés de mauve

 

(Suite - 9)

                                        Laurence S.

 

 

1954 : Mado venait d’accoucher de son second enfant, Michel, né juste un an après Monique. Papa tomba grièvement malade. Cancer de l’œsophage ! Il partit très vite, dans des souffrances physiques qui vous laissent chaos. Jusqu’à la fin, son courage et sa foi furent exemplaires. Sur son lit de mort, toujours très lucide, il eut la présence d’esprit de m’envoyer chez le notaire, situé tout près de chez nous, rue de la Grotte,  me disant ; « Laurence, ramène également madame Aragnouet et monsieur Despiau - de proches voisins - ils seront témoins de mon testament ». Il voulait mettre maman à l’abri d’éventuels problèmes de succession. Alors qu’il se mourait, j’ai toujours pensé que sa force, à ce moment-là, relevait du miracle. La petite statue de la Sainte Vierge trônait près de son lit, il la priait sans cesse. Notre Dame de Lourdes, toujours présente encore aujourd’hui, que nous implorions tous, était dans ses mains lorsqu’il quitta ce monde. Ces moments inoubliables, qui vous marquent à vie comme un sceau de famille apposé sur nos cœurs, venaient souder entre nous, encore plus fortement les liens qui nous unissaient. Mais notre malheur n’était pas que le manque affectif du père, il manquait aussi le « Chef ». La pension ne marchait plus comme avant. La guerre avait fragilisé les affaires, la concurrence battait son plein, de nouveaux hôtels s’étaient construits. Nous aurions eu besoin de quelques travaux de rénovation, refaire la toiture, moderniser les chambres et la cuisine afin de redonner un second souffle à l’entreprise. Maman avait du mal à joindre les deux bouts, ne pouvant plus tout assumer malgré notre aide. Les clients trouvaient le changement, la pension n’était plus pérenne. L’hiver qui suivit, suite à une mauvaise grippe, maman contracta une méningite purulente et il fallut l’hospitaliser. Je restais à ses côtés à la clinique du docteur Turon à Tarbes, la veillant nuit et jour. Puis elle put rentrer à la maison, enfin rétablie mais encore convalescente. La saison reprit son cours, mais maman dût prendre la décision douloureuse et inévitable de déposer le bilan. La fatigue et le surmenage accentuant ses difficultés à gérer l’affaire, il fallut vendre pour une bouchée de pain. 1958, nous venions à peine d’apprendre que Mado, alors très fatiguée, était atteinte elle aussi d’un cancer. Son mari en poste à la base aérienne de Pau, partait régulièrement en mission sur des Nord-Atlas. Mado étant épuisée par les tâches ménagères, par la maladie et les souffrances qui en découlaient, la décision fut prise de la garder avec nous ainsi que les  enfants encore en bas-âge. Nous avions déménagé dans un appartement où nous vivions désormais réunis. Le déménagement ! Quel supplice et quel malheur ! Que de pleurs retenus ! Comment quitter la maison de mon enfance ? Ce nid d’amour où nous avions grandi, laissant derrière nous tant de souvenirs. Qu’allait-il advenir de nous? Sur qui pouvais-je m’appuyer ? Il y avait bien notre brave Jeannette, mais elle aussi avait ses soucis personnels. Alors, ne rien laisser paraître, se montrer forte, digne et sereine. Se résoudre au silence. Mais comme il est dur d’étouffer sa peine ! J’aurais tant aimé avoir une épaule solide et aimante sur laquelle me reposer un peu. Les souffrances de Mado empiraient et ravivaient les nôtres. Nous nous sentions tellement impuissants. Que dire aux enfants encore si petits, à la fois si raisonnables et résolus. Je tâchais d’apporter à ma sœur les soins et l’attention nécessaires pour calmer ses douleurs physiques et morales. Mais en vain ! Le  jour fatidique arriva. Il fallut derechef supporter le tocsin. Mado, si jeune, si douce, si belle, laissant ses petits anges qu’elle chérissait tant dépourvus de l’affection irremplaçable d’une mère dont ils étaient si proches tous les trois. Elle n’avait que trente-deux ans ! Moïse nous avait confié leur garde à la demande de Mado et ils restèrent toujours près de nous. Lui, se remaria et refit sa vie.

        

(A suivre)

 


 


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