Les Pipelettes (20)
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Téléthon (20)
Arlette : On a fait combien de tours depuis tout à l’heure ?
Claudine : On en est au dixième, je pense.
Arlette : Je commence à fatiguer. Je vais bientôt faire une pause.
Claudine : Tu devrais avoir honte à ton âge ! Regarde, des enfants viennent de nous dépasser pour la troisième fois.
Arlette : Ils sont jeunes et pleins de vie, eux ! Et surtout, ils n’ont pas de problèmes de pieds ! Ah, quand ils auront mon âge, ils iront moins vite !
Claudine : Pas si sûr ! Regarde Maria, c’est la doyenne. Elle vient de boucler son vingtième tour, avec le sourire en prime. Et elle ne se plaint jamais ; elle a vraiment la pêche. Tu devrais prendre exemple.
Arlette : Des comme elle, on n’en fait plus. Et moi, que veux-tu, je ne suis pas une marcheuse. Je préfère regarder mes feuilletons à la télé, ou faire des mots croisés, dans mon fauteuil, avec quelques friandises à portée de main.
Claudine : Je m’en étais déjà aperçue, figure toi. Mais là, tu pourrais faire un effort, c’est pour la bonne cause.
Arlette : Je le sais bien. Tous ces enfants malades, ça me touche beaucoup. Et c’est bien pour ça que je me force à participer à cette marche à travers les rues d’Adé. Mais cela n’empêche pas : j’ai mal partout.
Claudine : Il y a plusieurs années déjà qu’on soutient le téléthon. Et c’est chaque fois la même chose. Il faut que tu râles. Ton oignon au pied, ton arthrose dans le genou, et ton mal de dos sont bien peu de choses par rapport à ce qu’endurent quotidiennement tous ces gens atteints de myopathie.
Arlette : C’est vrai. Mais n’empêche que c’est dur ! C’est un véritable parcours du combattant quand on n’a pas l’habitude de marcher. Et mes quelques kilos en trop ne m’aident pas beaucoup.
Claudine : Ca, c’est sûr ! Si tu avais suivi ton régime, et perdu un peu de poids, tu ne serais pas aussi essoufflée. On croirait entendre une vieille locomotive à vapeur.
Arlette : Locomotive à vapeur ? Non, mais dis donc ! Tu t’es bien regardée ? Avec ton short rose fluo et tes mollets de coq, avec ton tee-shirt rouge vif et ta casquette bleue vissée sur tes cheveux jaunes, tu ressembles à un perroquet.
Claudine : Oh !...Puisqu’il en est ainsi, je te laisse. Je vais rejoindre le groupe qui est devant. Je parie qu’ils aiment les oiseaux exotiques, eux.
Arlette : Ne me laisse pas seule, voyons. Je vais m’ennuyer.
Claudine : Mais non, tu trouveras bien quelques wagons fatigués qui voudront bien s’accrocher à la Micheline…Tchou, tchou, tchou…
