Regards philosophiques (34)

Publié le par G-L. P. / J. C.

 

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 Thème :    « L'espérance, folle idée ou consolation ? »

 

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/  Pourquoi espérance et pas espoir ? Même si cela est synonyme, ce n’est pas exactement le même sens. Retournant à l’étymologie, on trouve « sperare » ; on disait en français et on dit encore dans certaines  provinces « espère un peu », pour dire d’attendre. Le latin sperare veut dire aussi « avoir bon espoir », « s’attendre à » ; c’est l’espoir ou l’objet de l’espoir. Pour le mot grec « elpys » c’est s’attendre à, parfois avec crainte. Si l’on veut distinguer l’espoir de l’espérance, celle-ci a plus de charge d’attente, de durée, et est plus utilisée dans le domaine philosophique ou religieux. Une citation dit : « L’espoir meurt tandis que l’espérance demeure » ; il y a donc dans l’espérance une vision au loin une transcendance. L’espérance ne se limite pas au champ religieux, mais concerne aussi tous les grands idéaux.

 

/ L’espoir, c’est le désir placé en salle d’attente.

 

/ Le propos de l’espérance c’est un arrangement des choses matérielles. L’objet propre de l’espérance, c’est un arrangement : espérance qu’il y aura assez de biens pour tous, que beaucoup de maladies seront guéries, rendues supportables…… « Qu’est-ce que l’espérance ? C’est l’efficacité du vouloir qui est l’objet de l’espérance. Si l’on divinise la nature et ses forces, comme il est d’ordinaire pour commencer, l’espérance aura Dieu pour objet. Seulement la charité vise un dieu bien plus bon et plus près de l’homme et c’est la pure foi qui vise encore le mieux » (Alain. Les arts et les dieux). « La vie de l’homme dépend de sa volonté. Sans volonté, elle est abandonnée au hasard » (Confucius)

Nous voyons dans l’espérance quelque chose qui tourne autour de la foi, c'est-à-dire, croyance volontaire, et un avenir meilleur. Là, on peut faire appel à tous ceux qui s’adressent aux hommes en général, ceux qui s’adressent à des milliers d’hommes et de femmes… J’aurais tendance à penser que celui qui prône l’espoir ment quand il s’adresse à tous, au pluriel. Pour autant, l’espoir et l’espérance, on ne peut s’en passer. De là, ceux qui tuent l’espoir sont des « salauds » ; on n’a pas le droit de tuer l’espoir.

 

/ Pour moi, l’espérance c’est la volonté d’espoir quand il n’y a pas d’espoir, c’est la volonté d’aller la chercher. L’espérance est comme un aimant, un instrument qui permet d’amener quelque chose à soi. Comme pour tout outil, il faut la volonté de le saisir et savoir comment s’en servir, et à quoi ça va me servir une fois que j’aurai ce que je désirais. Pour moi l’espérance induit, ou devrait toujours induire, un questionnement, à savoir: qu’est-ce que je veux ? Et à quoi cela m’est utile ? Quels moyens utiliser pour la réalisation de ce qu’on veut obtenir, et quels délais, quelle limite raisonnable ? Donc, on fait intervenir la raison et la pensée pour continuer à espérer. Espérer c’est désirer sans savoir, désirer sans pouvoir, c’est à la limite de l’illusion et du mensonge ; il y a des limites à ne pas dépasser. Le difficile, c’est de ne pas se laisser emporter par une vague d’espoir en attendant seulement.

/ Les religions ont tout fondé sur l’espoir d’un monde meilleur dans l’au-delà. Accepter, croire, que « les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers » ou, préconiser : « soyez obéissants, ne vous révoltez pas », ce fut longtemps un langage qu’on a tenu aux gens, leur donnant « l’espérance » que plus ils seraient malheureux ici-bas, plus ils seront heureux dans l’au-delà…Un kamikaze intégriste musulman, on lui promet le paradis et 70 vierges ; que propose-t-on aux femmes kamikazes : 70 beaux guerriers ?!

 

/ Avec tout son humour, Charles Péguy évoque l’espérance en tant que croyance. « Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne [....]que ces pauvres enfants voient comme tout ça se passe et qu’ils croient que demain ça ira mieux [...]ça c’est étonnant, et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce [...]que ne faut-il pas que soit ma grâce[ ...]pour que cette petite espérance, vacillante au souffle du péché, tremblante à tous les vents, anxieuse au moindre souffle, soit aussi invariable, se tienne aussi fidèle, aussi droite, aussi pure ; et invincible et immortelle, et impossible à éteindre... »

 

          

(A suivre)

 

Avec l'aimable autorisation des animateurs, 

extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafephilo.over-blog.net/

avec lequel je garde un lien privilégié

en tant qu'un des artisans de sa création.


 


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Publié dans culturels

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